mardi 12 février 2008

Communication ou communion?

La popularité croissante de sites dits de communication tels que «Facebook», «Hi5», etc. est révélatrice du vide affectif et spirituel auquel sont confrontés nos contemporains. Mais elle témoigne aussi de leur effort – certes désordonné – pour retrouver un sentiment d’appartenance à une communauté.

Toutefois, me semble-t-il, dans un monde où l’individualisme est devenu la norme, ce besoin de communication masque et occulte un profond désir de communion.

Il existe d’autres indices de ce besoin de tisser ou de renouer des liens affectifs et sociaux : ainsi de l’explosion du nombre des téléphones portables et des « textos » (SMS) échangés, de la vogue des « rave parties » et autres « teufs » (fêtes), etc.

On peut trouver à ces phénomènes des explications sociologiques, chacun s’efforçant, selon sa classe et sa « culture » (le mot désignant aussi, de nos jours, l’absence de ce qu’il a longtemps signifié…) de combler le vide à sa manière.

Le « politiquement correct » exige que l’on s’en tienne aujourd’hui à ce niveau d’explication, quitte à passer à côté de l’essentiel, c’est-à-dire à ne rien expliquer du tout.

Croyant imiter l’ethnologue, on ira s’immerger dans l’univers dérangeant des banlieues (ou « cités ») où l’on observera les rituels du samedi soir et les conduites (c’est le mot !) à risques qu’ils banalisent : « rodeos » ou courses à la mort.

Après avoir exploré les marges du monde urbain, on déplacera les caméras vers les profondeurs provinciales de la France rurale où l’on découvrira…l’ennui («… l’ennui, cette lèpre ? Un désespoir avorté, une forme turpide du désespoir », comme l’avait bien vu Bernanos) et son palliatif ancestral : l’alcool. Là aussi, les virées alcoolisées du samedi soir et les conduites suicidaires qu’elles induisent à la sortie des discothèques font leur moisson de victimes innocentes.

Je n’évoque là que la paisible France dans la paisible Europe (en construction, dit-on, mais sur quelles bases ?...). Que dire des jeunes recrues américaines de la guerre d’Irak oubliées de la Grande Nation (« The Great Nation »), des « gens de l’arrière » trop occupés de leur confort menacé et dont quelques films récents, de « In the valley of Elah» à « Haditha », illustrent le destin tragique.

Or la crise est, dans ses profondeurs, une crise spirituelle.

Me vient à l’esprit – je ne sais pourquoi – l’émouvante et nostalgique chanson de Suzanne Vega, « Luka » : l’enfant battue et violentée par notre temps, ne serait-ce pas, ici et là-bas, la petite fille Espérance, la petite qui s’avance, fragile et "qui n'a l'air de rien du tout" disait Péguy, entre ses deux grandes sœurs…

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