vendredi 15 février 2008

Laïcité











Liberté. Egalité. Fraternité.








Le problème français est d’abord, aujourd’hui, celui du « vivre ensemble ». Dire cela, ce n’est pas minimiser l’importance d’autres difficultés, matérielles celles-là (logement, soins médicaux, pouvoir d’achat, etc.), bien réelles, et qui empoisonnent la vie quotidienne de beaucoup de gens.
Ce problème du « vivre ensemble » se focalise actuellement sur la question de la laïcité que les récentes déclarations du Président de la République viennent de remettre, après l’épisode du «foulard», au centre du débat.
J’entendais, ce matin, sur France Inter, les réponses mesurées de Régis Debray (« Un candide en Terre sainte », Gallimard) aux questions qu’on lui posait sur le sujet. Elles me paraissaient marquées du sceau du bon sens et empreintes d’une grande sagesse.
Comme chacun sait, notre vieille terre de France, dont mille ans d’histoire chrétienne ont façonné les paysages, la culture et les traditions, est devenue, par l’effet des migrations survenues au cours de la seconde moitié du 20e siècle - du fait, notamment, de sa position géographique et des soubresauts d’une histoire erratique -, une terre de rencontre, de mélange de communautés représentatives des trois religions du Livre. Ce constat est irréfutable. Il en résulte que le « vivre ensemble » est devenu plus problématique que jamais. D’autant plus que le « choc des civilisations » prédit par Samuel Huntington paraît, hélas, une probabilité raisonnable depuis les événements du 11 septembre 2001. Raison de plus pour défendre bec et ongles le principe de la laïcité - cet ultime rempart contre les fanatismes - sur lequel est fondée notre République.

Mais nous souffrons aussi, nous Français, d’un autre mal. Je l’appellerai le mal de la mode. D’où la réputation de versatilité et de légèreté que nous nous sommes faite auprès de nos voisins européens. Je m’explique : ce qui fut, jusqu’à une période récente, gage de créativité, d’inventivité, de mouvement, une force d’entraînement tant dans le domaine de l’innovation sociale (la Révolution française, le programme du C.N.R.) que dans la sphère intellectuelle et artistique (Fauvisme, Cubisme, structuralisme et post-structuralisme, Deleuze, Derrida, Lyotard, Lacan, etc.) s’est mué en conformisme et en superficialité.

Dans la France d’aujourd’hui, la fracture – le mot aussi est à la mode – n’est plus seulement sociale, avec ce que cela implique de disparités économiques (de patrimoine comme de revenus), elle passe également entre les « élites » auto-proclamées, typiquement parisiennes, et ce qu’il est convenu d’appeler « le peuple » ou « la France d’en bas ».
On a déjà abondamment glosé sur cet aspect négatif du centralisme à la française et dénoncé – aussi fréquemment qu’inutilement, d’ailleurs – la collusion entre les milieux de la politique et ceux de la presse et de l’économie pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y insister.
Il suffit d’allumer la télévision ou la radio : on y entend par vagues, comme un bruit incessant de ressac, et selon les bonnes vieilles recettes du matraquage publicitaire, les mêmes voix. On y voit et revoit les mêmes visages. Consternant spectacle que celui de ces «jeunes loups», de droite comme de gauche, qu’on « lance » et qu’on veut « vendre » comme des produits de lessive…Insupportables suffisance, condescendance, outrecuidance de ces présentateurs, commentateurs, animateurs qui, sous couvert de combattre toute idéologie, s’adjugent et monopolisent le droit de parler, de proférer le juste et le vrai. Pour ne rien dire de la « compulsive obscénité des amuseurs » qu’évoquait Finkielkraut…
A ceux qui, courageusement, ont assumé une harassante fatigue et les risques qui font la véritable grandeur du Politique (à l’instar de Jaurès, Clémenceau, de Gaulle, Mendès-France), on ne réserve qu’allusions perfides ou méprisantes.
La « philosophie » des droits de l’homme s’invite régulièrement aux 20 heures des « grandes » chaînes (showbiz et copinage étant les deux mamelles du « succès »…), mais un Michel Serres qui, comme naguère Paul Ricoeur ou Julia Kristeva, incarne et illustre le prestige de la pensée française auprès des meilleures universités américaines, n’a droit qu’à un créneau tardif sur une chaîne – par ailleurs respectable, mais de moindre audience – d’un « service public » qu’on dit vouloir défendre.
Triste France !
Enregistrer un commentaire