lundi 3 mars 2008

Dilemme...

Songeant (comme bien d’autres Français, car il n’est guère possible d’éviter le sujet) au dernier avatar de la saga présidentielle – l’épisode du « Casse-toi … » -, me revient en mémoire une page de « L’empire des signes » (Courbettes) dans laquelle Roland Barthes démontait, comme il en avait l'habitude, une de nos chères « mythologies ».

« L’impolitesse de l’Occident, disait-il, repose sur une certaine mythologie de la « personne » (…) l’homme occidental est réputé double, composé d’un «extérieur», social, factice, faux, et d’un «intérieur», personnel, authentique (…) dès lors que c’est l’intérieur de la « personne » qui est jugé respectable, il est logique de reconnaître mieux cette personne en déniant tout intérêt à son enveloppe mondaine : c’est donc le rapport prétendument franc, brutal, nu, mutilé (pense-t-on) de toute signalétique, indifférent à tout code intermédiaire, qui respectera le mieux le prix individuel de l’autre : être impoli, c’est être vrai, dit logiquement la morale occidentale. »

Pour sa défense, force est donc de reconnaître à notre président cette vertu d'être « vrai ». Alors que ses prédécesseurs – à l’exception de de Gaulle et de Pompidou – recouvraient d’une «enveloppe mondaine», d’une politesse exquise et d’un voile de littérature leurs turpitudes, notre nouveau président ne veut « se faire reconnaître, comme l’y eût invité Roland Barthes, qu’en rejetant toute médiation du factice et en affirmant l’intégrité (mot justement ambigu : physique et moral) de son « intérieur »… ».

Il semblerait que l’on préférât à la franche vulgarité d’aujourd’hui l’hypocrisie policée d’hier. Le dilemme est assurément cornélien…
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