lundi 17 mars 2008

Les salons du XXIe siècle...









La pensée du jour :


"C'est la privation du sentiment, avec la douleur de ne s'en pouvoir passer."

Madame du Deffand



« Salon du livre » à Paris, « Salon de l’auto » à Genève : la concomitance des deux événements est probablement fortuite…Je m’interroge néanmoins sur cette innocente facétie qui consiste à baptiser « salon » de tels concours de population que l’extension continue des halles destinées à les abriter n’y suffit plus. Ces dames du XVIIIe, telles Madame du Deffand, Madame Geoffrin, Mademoiselle de Lespinasse, eussent été surprises qu’on pût tenir salon en de tels lieux, si peu propices à la conversation littéraire et aux pétillements de l’esprit.


A Paris, la célébration de ce qui nourrit l’âme, entraîne à la réflexion, suscite dans l’intimité silencieuse les plus intenses et les plus délicates joies de l’esprit. A Genève, l’exposition d’un objet de convoitise – sans doute l’un des plus pernicieux que la modernité ait inventés. Le génie humain a su créer cette merveille ambiguë qui tout à la fois nous libère d’une certaine tyrannie de l’espace et du temps (ma jeunesse s’est beaucoup réjouie du film « La belle américaine »…) mais flatte en nous des instincts primitifs. Paradoxe souvent souligné de la « bagnole », objet de culte et source d’émotions esthétiques (il faut voir cette foule en pamoison devant les lignes d’une Aston-Martin ou d’une Maserati !), mais aussi d’irréparables douleurs et de mort.

Le Salon du livre n’est pas exempt, lui non plus, d’ambiguïtés. Certes, s’il n’encourage pas l’étalage des mêmes passions (luxe ostentatoire des « bobos » roulant en Porsche ou en dispendieux 4 x 4), il peut exacerber les passions politiques, comme en témoigne, hélas, cette édition 2008.

En écoutant Abraham Jehoshua, cet inlassable militant de la paix, je me réjouissais qu’il y eût toujours en Israël de telles voix pour dire le juste – de même qu’il existe dans le monde arabe des intellectuels partisans sincères du dialogue et de la paix. Je ne pouvais, néanmoins, me défendre d’une dérangeante perplexité : confier à un vieil écrivain courageux, grande figure de l’esprit, profondément humaniste, le soin de parler pour l’invité ne serait-ce pas aussi – si peu que ce soit – pour les politiques une manière de se défausser ? Je voudrais tant que l’avenir dissipât cette mauvaise pensée…

Enregistrer un commentaire