lundi 24 mars 2008

Le joli mois de mai...














Dois-je me reprocher une excessive sévérité à l’égard de mai 68 ? Je ne suis pas irrémédiablement sourd aux raisons souvent avancées pour justifier l’explosion anarchique de toutes ces forces juvéniles qui furent alors facilement dévoyées. Le contrôle exercé par le pouvoir sur les media, l’effort exigé durant les dures années d’après guerre pour la reconstruction économique, politique et morale du pays, l’opportunisme et le cynisme de certaines forces politiques, tout cela s’ajoutait à l’immobilité sociale que dénonçaient déjà un Crozier (Le Phénomène bureaucratique, 1963), un Servan-Schreiber (Le défi américain, 1967) avant même Viansson-Ponte et son célèbre « La France s’ennuie ».

Si j’ai gardé une vieille rancune envers mai 68 – davantage, d’ailleurs, à l’égard de certaines de ses conséquences, désastreuses pour toute une génération, qu’à l’endroit de ces extravagantes journées elles-mêmes –, c’est aussi en raison de l’injustice faite à de Gaulle : l’ingratitude, en effet, m’est insupportable ! Je sais bien que l’homme du 18 juin ne pouvait échapper au sort que nos nations démocratiques réservent souvent à leurs grands hommes – Clémenceau, Churchill – mais on oublie trop facilement les circonstances qui motivèrent le retour au pouvoir du Général : faillite des politiques coloniales entraînant les ruineuses guerres d’Indochine et d’Algérie, incurie des hommes politiques de l’époque, inadaptation des institutions, etc. L’œuvre de redressement menée par de Gaulle ne pouvait s’accomplir sans efforts ni contraintes, compte tenu de l’âpreté des oppositions de toutes sortes qui tentaient de l’entraver.

Ce que les lycéens d’aujourd’hui n’ignorent pas - les programmes scolaires font légitimement leur place aux années de naissance de la Ve République - il n’est plus guère que les vétérans parisiens des barricades du Quartier Latin pour délibérément le minimiser voire l’occulter. Il est vrai qu’il doit être savoureux pour un « anar » reconverti en « bobo » d’occuper aujourd’hui le haut du pavé (le même qu’il a jadis lancé ?…). Car il est humain de vouloir justifier ses engagements de jeunesse, fussent-ils le fruit de dramatiques (quand ce n’est pas coupables !) erreurs de jugement. L’histoire des générations de l’entre deux guerres puis de l’occupation reste à cet égard instructive…

L’intérêt pour le travail bien fait, le goût de l’effort, sans lequel il n’est pas de réussite possible dans quelque domaine que ce soit, le respect de l’autre et la courtoisie dans les relations humaines (contre les incivilités), le sens de la solidarité et de l’action collective (au rebours de l’individualisme) : toutes valeurs naguère tenues pour « réactionnaires » se voient remises à l’ordre du jour sous la contrainte d’une mondialisation et d’un libéralisme débridés sans pitié pour les peuples qui s’abandonnent. La cohésion sociale n’est pas un luxe de pays riche, elle est désormais une nécessité.

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