mercredi 19 mars 2008

Mémoires








Quand le comportement d’un homme atteste sa fidélité aux valeurs qu’il défend en paroles, c’est alors que l’unité de l’être et du paraître est manifestée aux yeux de tous. Telle était sans doute la leçon que le Président voulait aussi tirer (et faire tirer) de l’exemple de Guy Môquet (a contrario, je repense à ce mot que Stendhal prête à Bonaparte dans « Vanina » : « En 1796, comme le général Bonaparte quittait Brescia, les municipaux qui l’accompagnaient à la porte de la ville lui disaient que les Bressans aimaient la liberté par-dessus tous les autres Italiens.
- Oui, répondit-il, ils aiment à en parler à leurs maîtresses. »).

Tous les hommes ne sont pas des héros et rares sont ceux que leur foi anime jusqu’à consentir l’ultime sacrifice. Mais, comme l’avait bien vu Camus, il faut encore que l’événement soit si tranchant qu’il départage. Dans « La peste », son allégorie de la guerre et du Mal, l’écrivain filait la métaphore biblique du "fléau" qui sépare le bon grain de l’ivraie. Car la guerre – celle que l’on n’a pas choisie, bien sûr, la haïssant de toutes ses forces –, la guerre honnie démasque les lâches et les « collabos » aussi bien qu’elle met en lumière les purs. Ainsi en allait-il de Lazare Ponticelli et des maquisards des Glières dont le Président, au nom de la nation toute entière, honorait hier la mémoire. Les gaullistes se réjouiront de la hauteur retrouvée.

Mais, en ces temps où la mémoire (et donc aussi ses lieux…) est en self-service, le calendrier appelle d’autres commémorations. Mai 2008 se doit ainsi de faire écho à mai 1968. Dès ce matin, une radio très écoutée appelait le bon peuple à converger vers la Sorbonne pour y célébrer la "révolution" (pas la "grande", celle du 22 mars. Réaliste, Pompidou, lui, parlait de «chienlit »…).

Dans la confusion des valeurs et des mémoires, il conviendra de célébrer Charléty au même titre que le Vercors et les Glières. Un coup à droite, un coup à gauche et Castaignaide à l’ouverture ! Foin d’Erckmann-Chatrian, de Roland Dorgelès, de Pierre Clostermann ! Reste à cette génération de quinquagénaires vieillissants de raconter aux petits enfants d’aujourd’hui – pour le rêve et pour la gloire – l’héroïque prise…de l’Odéon. A chacun son Bir-Hakeim !

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