jeudi 10 avril 2008

La révolte des affamés

Si le commandement « Tu ne tueras point » revêt un caractère absolu, alors quelle différence de nature existe-t-il entre deux régimes apparemment aussi dissemblables que ceux de la Chine et des Etats-Unis qui, tous deux, reconnaissent dans leurs « lois » (mais transgressent la Loi !) et pratiquent la peine de mort ?

Les « droits de l’homme » seraient-ils à géométrie variable ? Relèveraient-ils d’une théorie de la relativité culturelle, sociale ou sont-ils, comme nous le soutenons – comme nous l’affirmons –, universels ?

Et à quelle étrange et hypocrite « peine de mort » ne consentons-nous pas, nous autres Occidentaux, lorsque nous tolérons de multiples gaspillages - dont celui qui consiste à sacrifier des terres arables pour faire rouler nos voitures - alors même qu’une foule immense de nos frères humains meurt de faim? Le premier des droits de l’homme n’est-il pas celui de se nourrir et de nourrir sa famille ?

Mais alors, diront certains, puisque décidément nous vivons sous le règne de la quantité[1], ne faudrait-il pas porter au crédit de l’actuel régime d’avoir éradiqué ces grandes famines qui frappaient autrefois la Chine, décimant par millions sa population au point que les paysans, réduits à manger des écorces (comme l’avait souligné Malraux), n’eurent d’autre issue que de s’en remettre à la révolution ?

Mais l’Homme ne vit pas seulement de pain[2], et la liberté est son plus grand bien. Les Tibétains comme les Chinois y aspirent. Quel barrage pourrait endiguer le Pacifique ?



[1] Cf. René GUENON, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Paris, Gallimard, 1945.

[2] Evangile selon Saint Matthieu, 4, 4.

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