lundi 30 juin 2008

La "roja" sur le pinacle

L’Espagne est championne d’Europe de football ! Ne boudons pas notre plaisir d’avoir vu à l’œuvre, tout au long du tournoi, une jeune équipe, hardie et pimpante. Elle nous a offert le spectacle du football que nous aimons : vif, intelligent, créatif et, pour cette raison, spectaculaire.
Tout comme l’équipe russe, elle nous a vite fait oublier les performances décevantes des Bleus – une équipe usée, au jeu convenu, aussi ennuyeuse que la Squadra et son football de tranchées, roublard et sans âme.
Nous retiendrons aussi la vaillance de l’équipe turque, son moral indestructible.

Ne boudons pas notre plaisir, donc. Mais ne soyons pas non plus naïfs au point d’oublier ce que j’appellerais volontiers la « fonction anesthésiante » de ces grandes manifestations sportives qui les apparente un peu aux jeux du cirque.
Est-ce pur hasard ou tout simplement pain béni pour la classe dirigeante européenne si les lauriers footballistiques viennent aujourd’hui ceindre le front des Espagnols comme pour les distraire de la crise la plus sévère qu’ait eu à affronter leur pays depuis son entrée dans l’Union (chômage en hausse vertigineuse, crise de l’immobilier, marasme économique) ?

Juste après le « non » irlandais, c’est au moment où le « miracle espagnol » a fait long feu que cette victoire fantas(ma)tique aux jeux vient opportunément détourner l’attention d’une Europe en panne, boudée par les peuples pour son impuissance à prendre en compte les préoccupations quotidiennes de ses citoyens.

dimanche 22 juin 2008

Combattre la banalité du mal














« Ce qui ruine le pessimisme fondamental des adeptes de la banalisation, c’est à la fois le spectacle de leur propre lâcheté, mais aussi, en contrepoint, l’ampleur des risques pris par les Justes, ces hommes qui n’attendaient rien, qui ne savaient pas ce qui allait se passer, mais qui n’en ont pas moins couru tous les dangers pour sauver des Juifs que, le plus souvent, ils ne connaissaient pas. Leurs actes prouvent que la banalité du mal n’existe pas. Leur mérite est immense, tout autant que notre dette à leur égard. En sauvant tel ou tel individu, ils ont témoigné de la grandeur de l’humanité. »

Simone Veil
, « Une vie ».

vendredi 13 juin 2008

Blacks, blancs, beurs













L’heure du sacro-saint « bac » approchant, si j’étais examinateur, je proposerais volontiers à la sagacité des « potaches » ce sujet sarkosien et post soixante-huitard :

« Les normes peuvent-elles être, d’une façon générale, autre chose que des consensus idéologiques dont les sciences humaines pourraient rendre compte ? » (Luc Ferry).

Après une année d’une pratique de la présidence qui se voulait marquée au sceau de l’authenticité personnelle – et semblait donc assumer pleinement la revendication d’autonomie de l’individu qui sous-tend l’individualisme contemporain –, Nicolas Sarkosy, sous la pression de l’opinion publique, s’est vu contraint de revenir à la pratique, instituée par ses prédécesseurs, d’une « monarchie républicaine » devenue la norme.

Instruit, sans doute, par l’expérience giscardienne, notre président connaît la sanction que le peuple (ultime souverain) ne manquerait pas d’infliger à celui qui s’écarterait par trop de cet équilibre (ce compromis ?) subtil entre les deux pôles monarchique et républicain (tout à la fois norme implicite et « précipité » de notre Histoire nationale) qu’incarnait indiscutablement de Gaulle et que les institutions de la Ve République ont consacré.

A la lumière de cet infléchissement imposé à la pratique présidentielle, on peut s’interroger sur l’évolution que pourraient connaître nos institutions sous l’effet des contradictions suscitées par la mondialisation.

Les Français, victimes d’une sorte de fatalité oedipienne et de cette méconnaissance qui entraîne aveuglement et répétition, seraient-ils, comme en 1789 et 1968, une nouvelle fois tentés de « tuer le père » (la VIe République que proposent certains n’étant qu’un retour à la IVe République et à l’impuissance du système des partis) ou bien ont-ils – le Président comme tous les autres citoyens – enfin subi la « castration symboligène » (Françoise Dolto) qui rend adulte en rendant au père sa fonction symbolique de représentant (et non pas origine !) de la Loi à laquelle tous sont soumis ?

En ces temps difficiles, c’est plus que jamais l’union de l’équipe France qui permettra à notre pays de tenir sa place dans la compétition internationale, non seulement au « foot » mais également dans le concert (hélas, très cacophonique !) des nations.

mardi 3 juin 2008

Un bel effort...

Comme pour démentir mon propos d'hier, Patrick Poivre d'Arvor présentait le soir même, sur TF1, une édition spéciale (consacrée à la faim dans le monde) d'un journal télévisé plus conforme à ce que tant de Français attendent d'une véritable et honnête information. Grâce lui en soit rendue, ainsi qu'aux journalistes de sa rédaction. Souhaitons seulement qu'il s'agisse là d'une initiative appelée à connaître de nouveaux développements...

lundi 2 juin 2008

Information ou désinformation ?












La pensée du jour :

“If the condition of man is to be progressively ameliorated, as we fondly hope and believe, education is to be the chief instrument in effecting it[1].” Thomas Jefferson à M. A. Jullien, 1818.



Les sociétés démocratiques – l’américaine au premier chef [2]– avaient fondé leur « utopie » sur la confiance qu’elles mettaient en l’éducation comme facteur d’émancipation et de progrès.

Le formidable essor des sciences et des techniques au cours des deux derniers siècles a fait apparaître de nouveaux et puissants moyens de diffusion de la connaissance, parmi lesquels la télévision occupe une place de premier plan.

Or, à quoi assistons-nous ?

Là-bas comme ici, ce merveilleux « canal » est journellement, à longueur d’écrans, détourné de ce qui devrait être sa mission première – et ceci pour servir des intérêts mercantiles et/ou participer à une vaste entreprise d’abrutissement collectif.

Loin de revendiquer le rôle insigne qui devrait leur revenir dans l’édification d’une société réellement démocratique composée de citoyens instruits et éclairés, les chaînes de télévision qui disposent des plus importants moyens financiers comme de la plus large audience ont pris le relais de ce que furent jadis les jeux du cirque comme instruments de conditionnement et de domination des masses.

Il n’est, pour s’en convaincre, que de regarder le journal quotidien de TF1 (la chaîne publique n’en est guère qu’un clone !). Qu’y voit-on, sinon une monotone succession de faits-divers franco-français et de compte rendus judiciaires (ah, ce goût français pour les plaideurs !) au sein de laquelle se glisse parfois, relevant du même penchant pour le voyeurisme, quelque nouvelle « made in USA ». Notons qu’il faut au moins une guerre, un « tsunami » ou un séisme comme celui que vient de connaître la Chine pour qu’un événement survenu ailleurs qu’en Occident semble offrir quelque intérêt…

Dans la présentation de ces « informations » (parmi lesquelles la part faite aux nouvelles du monde s’est ainsi réduite au fil des ans comme peau de chagrin) : aucune hiérarchisation, aucune mise en perspective, si bien que l’on a peine à croire qu’un tel saucissonnage, un tel salmigondis (ponctué, à intervalles réguliers, de transitions élaborées du genre : « revenons en France »…) ne relève pas d’une stratégie délibérée de désinformation.

Il serait question, paraît-il, de « rénover » le service public de l’audio-visuel, la « Commission Copé » s’apprêtant à présenter ses propositions. Las, ce qui filtre de ses délibérations concerne essentiellement la création. Quand s’intéressera-t-on aussi à l’information ?



[1] “Si la condition humaine doit progressivement s’améliorer, comme nous l’espérons et le croyons ardemment, c’est avant tout par le moyen de l’éducation que cela se fera.”

[2] "Although I do not, with some enthusiasts, believe that the human condition will ever advance to such a state of perfection as that there shall no longer be pain or vice in the world, yet I believe it susceptible of much improvement, and most of all in matters of government and religion; and that the diffusion of knowledge among the people is to be the instrument by which it is to be effected." Thomas Jefferson à Pierre Samuel Dupont de Nemours, 1816. ME 14:491 et encore : “I look to the diffusion of light and education as the resource most to be relied on for ameliorating the conditions, promoting the virtue and advancing the happiness of man.” Thomas Jefferson à Cornelius Camden Blatchly, 1822.

dimanche 1 juin 2008

Solidarités


L’interrogation du jour :
« …comment se fait-il que des penseurs, qui ne faisaient aucun crédit à l’individu, aient été les fourriers de l’individualisme contemporain ? » (Alain Finkielkraut)


 







Il n’est pas impossible que la nouvelle crise pétrolière, par les difficultés qu’elle entraîne pour tant de familles de part et d’autre de l’Atlantique, ait pour effet indirect de renforcer un sentiment de solidarité, déjà diffus en Occident, avec les populations souffrantes des pays pauvres.
Déjà, les épreuves inouïes infligées aux peuples riverains de l’Océan Indien par le « tsunami » de décembre 2004 avaient renforcé chez beaucoup la conscience de la communauté de destin qui lie les hommes comme jamais auparavant dans toute l’histoire de l’humanité.
L’étendue des désastres provoqués par l’ouragan Nargis en Birmanie et par le tremblement de terre du Sichuan en Chine vient confirmer que nul n’est à l’abri des caprices d’une nature dont l’homme, aveuglé par son « hybris » technico-scientifique, avait imprudemment cru s’affranchir.
A la lumière de ces événements terrifiants, les débats sur l’anti-humanisme de nos intellectuels (post) soixante-huitards paraissent illusoires. Bien sûr, les événements de mai 2008, pour autrement signifiants qu’ils aient été pour des millions d’êtres humains, n’empêcheront nullement la (profitable) floraison de livres commémoratifs des « événements » très « de chez nous »…
L’urgence, pourtant, demeure, que pointait Malraux avec toute la force de l’évidence lorsqu’il revendiquait : « …nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase[1]. »



[1] André MALRAUX, Les Voix du silence (quatrième partie, « La monnaie de l’absolu », VII), Gallimard, 1951.