lundi 2 juin 2008

Information ou désinformation ?












La pensée du jour :

“If the condition of man is to be progressively ameliorated, as we fondly hope and believe, education is to be the chief instrument in effecting it[1].” Thomas Jefferson à M. A. Jullien, 1818.



Les sociétés démocratiques – l’américaine au premier chef [2]– avaient fondé leur « utopie » sur la confiance qu’elles mettaient en l’éducation comme facteur d’émancipation et de progrès.

Le formidable essor des sciences et des techniques au cours des deux derniers siècles a fait apparaître de nouveaux et puissants moyens de diffusion de la connaissance, parmi lesquels la télévision occupe une place de premier plan.

Or, à quoi assistons-nous ?

Là-bas comme ici, ce merveilleux « canal » est journellement, à longueur d’écrans, détourné de ce qui devrait être sa mission première – et ceci pour servir des intérêts mercantiles et/ou participer à une vaste entreprise d’abrutissement collectif.

Loin de revendiquer le rôle insigne qui devrait leur revenir dans l’édification d’une société réellement démocratique composée de citoyens instruits et éclairés, les chaînes de télévision qui disposent des plus importants moyens financiers comme de la plus large audience ont pris le relais de ce que furent jadis les jeux du cirque comme instruments de conditionnement et de domination des masses.

Il n’est, pour s’en convaincre, que de regarder le journal quotidien de TF1 (la chaîne publique n’en est guère qu’un clone !). Qu’y voit-on, sinon une monotone succession de faits-divers franco-français et de compte rendus judiciaires (ah, ce goût français pour les plaideurs !) au sein de laquelle se glisse parfois, relevant du même penchant pour le voyeurisme, quelque nouvelle « made in USA ». Notons qu’il faut au moins une guerre, un « tsunami » ou un séisme comme celui que vient de connaître la Chine pour qu’un événement survenu ailleurs qu’en Occident semble offrir quelque intérêt…

Dans la présentation de ces « informations » (parmi lesquelles la part faite aux nouvelles du monde s’est ainsi réduite au fil des ans comme peau de chagrin) : aucune hiérarchisation, aucune mise en perspective, si bien que l’on a peine à croire qu’un tel saucissonnage, un tel salmigondis (ponctué, à intervalles réguliers, de transitions élaborées du genre : « revenons en France »…) ne relève pas d’une stratégie délibérée de désinformation.

Il serait question, paraît-il, de « rénover » le service public de l’audio-visuel, la « Commission Copé » s’apprêtant à présenter ses propositions. Las, ce qui filtre de ses délibérations concerne essentiellement la création. Quand s’intéressera-t-on aussi à l’information ?



[1] “Si la condition humaine doit progressivement s’améliorer, comme nous l’espérons et le croyons ardemment, c’est avant tout par le moyen de l’éducation que cela se fera.”

[2] "Although I do not, with some enthusiasts, believe that the human condition will ever advance to such a state of perfection as that there shall no longer be pain or vice in the world, yet I believe it susceptible of much improvement, and most of all in matters of government and religion; and that the diffusion of knowledge among the people is to be the instrument by which it is to be effected." Thomas Jefferson à Pierre Samuel Dupont de Nemours, 1816. ME 14:491 et encore : “I look to the diffusion of light and education as the resource most to be relied on for ameliorating the conditions, promoting the virtue and advancing the happiness of man.” Thomas Jefferson à Cornelius Camden Blatchly, 1822.

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