lundi 29 septembre 2008

La pensée du jour :

"L'idée de civilisation universelle n'est qu'un moyen hypocrite, utilisé par l'Occident pour imposer la science."

Jean Lacroix

jeudi 18 septembre 2008

La pensée du jour :


« …il y a bien des hommes et des femmes qui ont su et qui savent encore aujourd’hui que toute leur vie a valeur et sens seulement et exclusivement dans la mesure où elle est une réponse à cette même question : Aimes-tu ? (…) ils savent que leur vie, la vie humaine en général, a valeur et sens dans la mesure où elle est une réponse à cette question : Aimes-tu ? C’est seulement grâce à cette question que la vie vaut la peine d’être vécue. »

Jean-Paul II, Homélie à Notre-Dame de Paris, 30 mai 1980.

La visite du pape en France



















Lors de sa troisième visite en France, en 1986, Jean-Paul II avait lancé sa célèbre exhortation - qui résonnait un peu comme une admonestation : « France, souviens-toi de ton baptême ! »


Il est vrai que durant la première moitié du 20e siècle et jusqu’au concile Vatican II, la foi avait vu éclore dans notre pays une floraison de hérauts exceptionnels dont la voix portait bien au-delà de nos frontières. Que l’on songe à Bernanos, Bloy, Claudel, Mauriac, Péguy en littérature (pour ne rien dire d’écrivains de moindre stature mais dont l’influence ne fut pas négligeable tels Cayrol ou Cesbron). Des artistes, parmi les plus prestigieux, apportaient alors leur concours à la réalisation d’œuvres de foi, églises ou ornementations. Ainsi Le Corbusier à Ronchamp (Notre-Dame du Haut) et à l’Arbresle (Couvent Sainte Marie de la Tourette), Matisse à Vence (Chapelle Sainte Marie du Rosaire), Cocteau à Milly-la-Forêt (Chapelle Saint-Blaise-des-Simples) et à Villefranche-sur-Mer (Chapelle Saint Pierre), Chagall en divers lieux de culte et de mémoire telle la charmante église Notre-Dame de Toute Grâce du Plateau d’Assy à laquelle contribuèrent également Pierre Bonnard, Fernand Léger, Jean Lurçat, Germaine Richier, Georges Rouault, Henri Matisse, Georges Braque. Dans le champ spécifique de la théologie, les pères jésuites X-L. Dufour et F. Varillon ainsi que les cardinaux J. Daniélou et H. de Lubac, les pères M-D. Chenu et Y-M. Congar pour les Dominicains, furent des voix écoutées et respectées au-delà de l’hexagone. Au confluent de la science, de la philosophie et de la théologie, Pierre Teilhard de Chardin occupe toujours une place de premier plan. En philosophie, Maurice Blondel, Etienne Gilson, Louis Lavelle, Gaston Madinier, Gabriel Marcel, Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, Maurice Nédoncelle, marquèrent de leur empreinte plusieurs générations. De grandes figures de la démocratie chrétienne tels Robert Schuman, père de la C.E.C.A., les gaullistes Edmond Michelet et Maurice Schumann prirent une part active, souvent décisive, à la construction de l’Europe. Dans l’action caritative (on dirait aujourd’hui : humanitaire) on ne peut oublier les émules modernes de Saint Vincent de Paul que furent l’abbé Pierre et le père Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, ni, aujourd’hui encore, Sœur Emmanuelle.


Non sans malice ni quelque délectation, la presse et les médias ont relevé les entorses à la laïcité que représenterait pour certains l’accueil réservé au pape par notre République et son Président. Je ne sais si Nicolas Sarkozy a lu Huntington [1], s’il lorgne une fois de plus vers les Etats-Unis avec l’espoir, comme on le prétend, de voir la France adopter une sorte de religion naturelle sur le modèle américain ou s’il est mû tout bonnement par une dévotion personnelle au pape et par ses propres convictions. Le fait est là, incontestable : la France a des racines chrétiennes.


Qui s’en offusque ? Le sénateur Mélanchon, par exemple, légitime, sincère et pugnace défenseur de la laïcité républicaine se hérisserait-il autant du fait que l’Arabie Saoudite a des racines musulmanes ou la Chine des racines confucéennes et bouddhistes ?


Héritière d’une foi qui bâtit ses cathédrales, la France devrait-elle rougir de ses racines chrétiennes et ne s’enorgueillir que de sa grande Révolution ? Ne pourrait-on pas plutôt se demander si, en prêtant davantage l’oreille aux sirènes du matérialisme qu’à la voix de Jean-Paul II, la « fille aînée de l’Eglise » ne serait pas en train de céder son fameux droit d’aînesse contre un plat de lentilles…

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[1] Samuel HUNTINGTON, The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, New York, Simon & Schuster, 1996.

dimanche 14 septembre 2008

Le déjeuner sur l'herbe...



















Après quelques semaines de vacances, je reprends mon blog.

Dans l’avion qui me ramène en France, je lis cette anecdote, sous la plume de Caitlin Flanagan [1] :

« Lorsque j’étais en cinquième, dans les écoles publiques de Berkeley (les premières écoles publiques du pays à avoir pratiqué l’intégration sans y avoir été contraintes par un jugement du tribunal), on m’a enseigné – dans le cadre d’un cours sur l’Histoire des Noirs – que le mot « pique-nique » avait pour origine l’époque des parties de lynchage, qu’il s’agissait de l’abréviation de « se faire » [2] un « nègre » [3] et d’une allusion au panier de victuailles que les femmes blanches avaient coutume de confectionner à l’intention de leur famille afin qu’elle puisse déjeuner tout en profitant du spectacle [4]. » (C’est moi qui traduis)


L’étymologie est, bien sûr, fantaisiste, comme s’empresse de le souligner Caitlin Flanagan :

« Il se trouve que je mentionnai cette histoire à un universitaire ami de mes parents qui en bafouilla d’indignation : le mot venait du français « piquer » et n’avait absolument rien à voir avec la pratique américaine du lynchage [5]. » (C’est moi qui traduis)

...Mais elle est révélatrice de la gêne qu’éprouvent encore certains devant une candidature qui reste dérangeante en cette année 2008 et que trahissent des procédés quasi déloyaux (heureusement relevés et condamnés par la presse !) comme ce prétendu « lapsus » qui transforme curieusement Obama en Oussama, ou cet empressement mis soudain à désigner le candidat démocrate par son second prénom : Hussein…

Espérons que la campagne saura ramener les Américains aux vraies questions qui se posent à leur grand pays et qui, comme chacun le sait dans le monde globalisé d’aujourd’hui, nous concernent tous.

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[1] Revue ATLANTIC, septembre 2008, p. 106.

[2] En anglais, « pick » signifie « choisir, ramasser ».

[3] En anglais, le terme « nigger » revêt une connotation nettement péjorative.

[4] "When I was a fifth-grader in the Berkeley public schools (the first school system in the nation to integrate without a court order), I was taught – as part of a two-year course in Black History – that the word picnic had derived from the days of lynching parties, that it stood for « pick a nigger » and for the basket lunches that white women would pack for their families to eat while they enjoyed the spectacle."

[5] "I happened to mention this to one of my parents’academic friend, who sputtered in outrage – the word had originated from the French verb piquer and had nothing to do with American lynching."