lundi 10 novembre 2008

« …keep the devil way down in the hole [1] »








The Wire” [2], une série télévisée américaine dont la diffusion en France reste encore confidentielle, résume à elle seule tous les défis auxquels le président Obama se trouve aujourd’hui confronté.
Conçue et réalisée par un ancien journaliste du Baltimore Sun, David Simon, elle récapitule tous les problèmes d’une Amérique dont le « rêve » a pris, durant les huit années de la présidence Bush, des allures de cauchemar.
Au fil des cinq saisons qui rythment le déroulement d’une enquête policière à rebondissements, cette série aborde successivement les redoutables questions que les Etats-Unis et son nouveau président doivent sans plus tarder s’atteler à traiter pour que le pays retrouve au plus vite cohésion sociale à l’intérieur et, à l’extérieur, prestige et leadership moral.
Se fondant sur l’intime connaissance d’un microcosme américain – en l’occurrence la ville de Baltimore – acquise au cours de sa longue carrière de journaliste au Sun, David Simon brosse un tableau on ne peut plus réaliste des cinq fléaux capitaux dont souffre à ses yeux l’Amérique des années 2000 :

- la drogue et la délinquance qui lui est liée (il s’agit ici des quartiers ouest, les plus pauvres de Baltimore)
- la désindustrialisation et la montée du chômage qu’elle entraîne en raison, notamment, des délocalisations (la saison deux met en scène le quotidien des dockers de Baltimore dans un port en déclin)
- la corruption et l’incompétence de certaines administrations comme de nombreux responsables politiques (c’est le corps de la police, le maire de Baltimore ainsi qu'un sénateur du Maryland qui font, dans cette fiction, les frais de la critique)
- la faillite du système éducatif (illustrée par le désarroi de trois adolescents de la communauté noire, marginalisée)
- la démission des médias – notamment de la presse écrite – qui, cédant à un sensationnalisme racoleur, ont renoncé à leur rôle de veilleurs et ont choisi délibérément de faire silence sur les vrais problèmes, aveuglant ainsi le public sur la montée des périls (c’est le conflit entre deux conceptions opposées du journalisme au sein de la rédaction du Baltimore Sun qui sert ici d’exemple)


Diffusée sur le câble (HBO) et en DVD, la série semble avoir été boudée par les médias dominants (NBC, ABC, CBS, Fox, etc.), sans doute peu séduits par l’image pour le moins dérangeante qu’elle donne de l’Amérique. Ceci explique sans doute le peu d’empressement des chaînes françaises qui, à l’instar de leurs homologues américaines, lui préfèrent des séries plus « politiquement correctes » telles que Desperate housewives ou Sex and the city

Peut-être convient-il aussi de ne pas fâcher l’Amérique en ces temps de rapprochement atlantiste sarkosien ni d’aggraver le sentiment anti-américain que l’on prête aux Français – mais que démentent toutes les enquêtes d’opinion réalisées en France sur la popularité du nouveau président Obama.

Au-delà de la qualité artistique incontestable de cette réalisation servie par de très bons acteurs, il s’agit du combat éternel entre le Bien et le Mal qui traverse tous les hommes et toutes les sociétés. Ce qui aurait pu n’être qu’une série policière de plus, sur fond d’étude de mœurs, acquiert ainsi une dimension proprement métaphysique. Une réussite.

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[1] « …enferme le démon au fin fond de l’abîme » (littéralement : maintiens le diable au plus profond du trou) : paroles et musique du générique.

[2] « The Wire » - en français « Sur écoute » - une série en cinq saisons produite par David Simon. Diffusion HBO, 2002-2008.
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