samedi 28 mars 2009

Besoin, Désir, Amour...















Mû par le besoin de « consommer », l’homme fait l’amour, en effet, mais c’est par amour que l’homme peut renoncer au besoin de consommer. Il ne peut renoncer à faire l’amour qu’en aimant, c’est-à-dire en désirant l’autre pour ce qu’il est, différent de lui-même, non réductible au besoin qu’il en a, non nécessaire. Ainsi la demande d’amour que l’époux adresse à l’épouse dans son corps, se nourrit de ce que, au-delà de l’étreinte ou du refus, l’être de l’Autre lui échappe et fait ainsi la preuve qu’il existe en tant qu’objet de désir, être, et non seulement en tant qu’objet de besoin, chose. Le sexe, dans l’homme, est le lieu où se noue la double référence de son corps : à l’autre et à l’Autre. « Il est aisé de se rendre compte que le désir ne saurait être conçu en simple terme de besoin car il ne se limite pas à la seule visée de l’objet qu’est le sexe, pas plus qu’il ne peut être réduit à une pure demande, un pur appel de l’Autre. Le désir participe de l’un et de l’autre pour autant qu’il est désir de quelque chose et, en même temps, d’autre chose. (…) Il est médiation nécessaire entre l’implacable mécanique du besoin et la vertigineuse solitude de la demande. (…) Il participe du besoin pour autant qu’il se satisfait relativement d’un objet, mais ne se soutient qu’en tant qu’il participe à la demande dans sa recherche toujours insatisfaite de l’être de l’Autre [1] . » Cette double polarité dit assez que l’emprisonnement dans la satisfaction du pur besoin demeure l’impasse toujours possible. Dès que l’homme croit avoir quelque chose, c’est que cette « chose » n’est déjà plus ce qu’il cherchait. « Et quand il croit serrer son bonheur, chante Brassens, il le broie. » [2]

Denis VASSE, Le temps du désir, Paris, Seuil, 1969, pp. 39-40.


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[1] Serge LECLAIRE
[2] Louis ARAGON, Il n'y a pas d'amour heureux.
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