vendredi 6 mars 2009

Carême



















De longues journées de solitude me laissent tout loisir de méditer, comme on peut le faire en de telles circonstances, sur les affaires du monde, les mœurs de nos contemporains, mon passé, peuplé d’êtres qui me sont chers, la vie qui lentement me quitte, la nécessité de trouver du sens à tout cela.

A guetter les signes des temps, on est vite tiraillé entre optimisme et découragement. Il n’y a là rien de nouveau. Face à l’inéluctabilité de l’oracle, défiant Sophocle et Cassandre, contre le Fatum résonne toujours, depuis deux millénaires, la voix de Jean-Baptiste [1] :
Rendez droit le chemin du Seigneur !

Comme l’écrit Thomas Merton :

There is no leaf that is not in Your care. There is no cry that was not heard by You before it was uttered. There is no water in the shales that was not hidden there by Your wisdom. There is no concealed spring that was not concealed by You. There is no glen for a lone house that was not planned by you for a lone house. There is no man for that acre of woods that was not made by You for that acre of woods.
But there is greater comfort in the substance of silence than in the answer to a question. Eternity is in the present. Eternity is in the palm of the hand. Eternity is a seed of fire, whose sudden roots break barriers that keep my heart from being an abyss.
[2]

On voudrait trouver la bonne distance, le juste équilibre entre le devoir d’honnêteté qui oblige à ne pas celer le lieu d’où l’on parle (une leçon de mon maître Michel Oriol !) et la volonté de rester ouvert, réceptif, accueillant à tous les points de vue, à toutes les conditions, à tous les vivants – mais sans jamais abdiquer la liberté de dire, s’il le faut, avec Augustin : Odi tua, amo te [3] …

Veiller à ne pas verser dans l’égotisme ou le narcissisme, mais ne pas refuser de s’exposer, quitte à courir le risque de se tromper et d’être corrigé.
Ne pas craindre de prendre parti, mais avec le seul souci de la justice.

La culture, dans ses formes occidentales livresque, musicale, artistique est une richesse de riches. Puissions-nous en avoir conscience et aspirer, avant tout, à demeurer des " pauvres en esprit ".

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[1] …on t’appellera prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer le chemin, pour révéler à son peuple qu’il est sauvé, que ses péchés sont pardonnés. Telle est la tendresse du cœur de notre Dieu… (Luc, 1, 76-77)

[2] Il n’est pas une feuille dont Vous n’ayez souci. Il n’est pas un cri que Vous n’ayez entendu avant même qu’il ait été lancé. Il n’est pas d’eau dans l’argile qui n’y ait été enfouie par Votre sagesse. Il n’est pas de printemps secret que vous n’ayez voulu secret. Il n’est pas de vallon pour une maison isolée que Vous n’ayez destiné à une maison isolée. Il n’est pas un homme pour cet arpent de forêt que vous n’ayez fait pour cet arpent de forêt.
Mais il y a plus de consolation dans la teneur du silence que dans la réponse à une question. L’éternité est tout entière dans le présent. L’éternité tient dans le creux de la main. L’éternité, c’est une graine de feu dont les soudaines racines transpercent les barrières qui empêchent mon cœur d’être un gouffre sans fond. (C’est moi qui traduis)

[3] Je hais tes actes, mais, toi, je t’aime.
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