dimanche 8 mars 2009


















Comme il m’arrive souvent, je me reprochais d’avoir eu concernant la culture – ou, plus exactement, à l’endroit d’une certaine conception de la culture – des mots qui pouvaient paraître injustes. Je me proposais donc d’y revenir afin qu’on ne se méprît pas sur ma véritable intention.

Le hasard vient heureusement à mon secours. Relisant Les Noyers de l’Altenburg, qui reste pour moi - avec L’espoir - dans sa forme inachevée (la suite de La lutte avec l’Ange a été détruite par la Gestapo [1]) l’un des livres les plus forts d’André Malraux, je suis tombé hier sur ce passage :

La culture est une religion. ( …) La culture ne nous enseigne pas l’homme, elle nous enseigne tout modestement l’homme cultivé, dans la mesure où il est cultivé ; comme l’introspection ne nous enseigne pas l’homme, mais tout modestement l’homme qui a l’habitude de se regarder !
(…)
- Je ne suis pas un très bon chrétien, continuait Thirard, mais je crois que la charité du cœur nous permet de connaître, – oui : de connaître ! – plus de l’homme que tous les livres qui m’entourent ici. La culture, considérée comme valeur suprême, aboutit inévitablement à faire pousser des mandarins chinois, ça crève les yeux, mes bons amis : son objet a toujours été de fonder la vie en qualité, si j’ose dire, mais c’est tout autre chose que de la fonder en vérité ! Quant à la psychologie, elle enseigne la vie, ma foi, comme les tableaux de bataille à devenir général, ou les marines à naviguer…
[2]

Aujourd’hui, journée des droits de la femme, c’est aussi la charité du cœur qui nous permet d’entrer en communion avec la détresse de toutes les femmes violentées et humiliées à travers le monde.

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[1] Note de Malraux en préface à l’édition de 1948.
[2] André MALRAUX, Les Noyers de l’Altenburg, Paris, Gallimard, 1948, pp.115-116.
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