mercredi 11 mars 2009

Démocratie














La soumission passive au libre-échange de classes qu'on aurait autrefois appelées "dirigeantes" évoque quelque chose de plus fort que ce que Marx a décrit dans L'idéologie allemande, où il s'est contenté de mettre en évidence une incapacité à appréhender la réalité des rapports sociaux autrement que d'un point de vue de classe.

Notre classe supérieure n'est, à vrai dire, peut-être même plus une classe, mais un ensemble atomisé d'individus trop payés, dérivant dans un monde sans structure métaphysique ou idéologique. Peut-être le terme approprié, pour désigner ce groupe égaré dans une histoire qu'il n'a plus la prétention de faire, devrait-il être celui de "classe dérivante".


Emmanuel TODD, Après la démocratie, Paris, Gallimard, 2008.



Des propos d’Emmanuel Todd, je retiendrai davantage son jugement sur la dérive d’une classe « atomisée », dont les privilèges économiques et l’individualisme forcené nous ont conduits à la crise actuelle, que sa dénonciation des erreurs de Marx. Il me semble qu’on a un peu vite enterré l’auteur du Capital dans l’euphorie qu’a provoquée la chute du mur de Berlin.

Opportunément débarrassée d’un mythe à la fois commode et encombrant, celui du « socialisme réel », le capitalisme triomphant s’est empressé de mettre en pratique le fameux précepte de Guizot : « Enrichissez-vous ! ».

Ajouté à la perte des repères idéologiques et à la dévalorisation des instruments d’analyse traditionnels, le développement des techniques modernes de communication (ordinateur personnel, internet, téléphones portables, baladeurs, consoles de jeux, etc.) a précipité une dérive vers l’individualisme et le repli sur la sphère privée. L’hédonisme, encouragé par l’argent facile, a remplacé les valeurs de travail, d’effort, de frugalité - mais également de solidarité - promues par la génération de l’immédiat après-guerre sous l’effet de la nécessité. A la reconstruction matérielle, industrielle, économique de l’Europe ravagée par la guerre mondiale a succédé la construction de l’Europe politique souhaitée par les peuples et mise en œuvre grâce à la sagesse de dirigeants éclairés – Robert Schuman, Jean Monnet, Paul-Henri Spaak, Alcide de Gasperi, Charles de Gaulle et Konrad Adenauer – à une époque où les mots « démocratie chrétienne » avaient encore un sens…

L’urgence est désormais à l’approfondissement de la démocratie non seulement dans le domaine strictement politique (par la promotion de la parité hommes-femmes, par l’intégration des étrangers en situation régulière, etc.) mais aussi dans le champ économique.

Pour atteindre ce but, il est certain que le levier principal devrait être l’éducation, mais également, après des décennies d’étrange silence – voire de coupable démission – un engagement renouvelé des intellectuels dans la théorie comme dans la pratique.
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