mercredi 4 mars 2009

Crépuscules...








Effet de cette « conscience malheureuse » qui taraude quiconque consent à vivre les yeux ouverts en ce monde d’injustice, il est tout aussi difficile aujourd’hui de se soustraire aux sollicitations de l’actualité (c’est-à-dire de l’Histoire en train de se faire) que d’y investir toute son énergie.

Il faut des êtres exceptionnels, de grands écrivains comme Malraux, Hemingway, Orwell, Forster ou de grands mystiques comme Simone Weil, Dietrich Bonhöffer, par exemple, pour réussir à concilier action et réflexion en une œuvre dont on ne saurait distinguer les deux versants.

S’il est vrai que La recherche coïncide parfaitement, dans son déroulement même, avec la vie de Proust, l’écrivain ne se mêle guère de s’engager au sens où le voulait Sartre. Il faut dire que les grandes idéologies mortifères, nazisme et stalinisme, sont passées par là !

Notre temps est à l’individualisme et au narcissisme, à la quête effrénée de la jouissance ou au repli sur soi. D’où ces comportements à risque qui tentent de plus en plus de jeunes, prêts à risquer leur vie, précisément pour se sentir vivre, dans l’intensité et l’immédiateté de la sensation (« rodéos » du samedi soir dans les banlieues de Paris, ski hors piste, saut à l’élastique, parapente, rafting, etc. - pour ne rien dire de l'alcool, de la drogue ni de la sexualité).

On m’objectera qu’au sortir de la guerre on assista à des comportements similaires. Le cinéma de l’époque en témoigne : qu’on songe à Rebel without a cause de Nicholas Ray et à celui qui fut l’idole de toute une génération, James Dean.

Mais il y eut aussi le néo-réalisme italien et sa pléiade de chefs d’œuvre (de Ladri di biciclette de Vittorio de Sica à Riso amaro de Giuseppe de Santis en passant par La terra trema de Luchino Visconti - il faudrait tous les citer !) qui ne cessa jamais de prendre en compte l’éternelle soif de transcendance (c’est-à-dire d’Amour) qui est au cœur de l’homme.

Un des sommets, sans doute, de l’écriture cinématographique fut atteint avec Europa ’51 de Roberto Rossellini.

On est loin des films d’évasion dans le fantastique et l’on ne m’en voudra pas trop, j'espère, de regretter le Visconti d’autres « crépuscules »… [1]

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[1] Ludwig (1972) a pour titre français Le crépuscule des dieux.
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