dimanche 31 mai 2009

Pentecôte : l'espéranto de l'amour














 


 Le jour de la Pentecôte, un grand vacarme retentit dans un quartier de la ville. Les étrangers qui habitent Jérusalem accourent pour voir. Des disciples haranguent la foule; ô stupeur, ils parlent à chacun avec les mots de son enfance. Tous sont rejoints au plus intime d'eux-mêmes. Les Galiléens qui annoncent et les étrangers qui écoutent sont comme des amis de longue date! Il n'y a plus ni Juifs, ni Mèdes, ni Parthes... Il n'y a qu'une sainte et grande espérance humaine.
Pentecôte ! Chute des murailles et des divisions !
...
Les disciples, à Jérusalem, parlent notre première langue, celle qui se murmurait doucement autour de nos berceaux. Ecoutons : c'est l'espéranto de l'amour.

(Mai 1993)

France QUERE
, Le sel et le vent, Paris, Bayard, 1995, pp. 209-210.

vendredi 29 mai 2009

Effort et modestie


















 


Mon message tient en deux mots : effort et modestie. La pensée qui n'est que pensée, la sculpture qui n'est que conçue, le poème qui n'est que rêvé ne coûtent pas encore de peine. C'est la traduction de la pensée en phrases, la transformation de la pierre en statue, et la composition du poème qui exigent un effort. Cet effort est long et douloureux, et pourtant, après l'avoir accompli, on a le sentiment qu'il est aussi précieux, plus précieux encore que l'oeuvre à laquelle il aboutit, parce que, grâce à lui, on a tiré de soi plus qu'il n'y avait, on s'est haussé au-dessus de soi-même.
...
Quant à la modestie, je l'entends au sens de faire ce qu'on a à faire, d'accomplir au mieux de ses moyens la tâche qu'on a devant soi. Je veux dire que pour avoir une chance de réussir, il faut concentrer toute son énergie sur l'action présente sans penser au succès éventuel. Que la phrase que l'on écrit ou le trait que l'on dessine soient, au moment où ils sont exécutés, les seules oeuvres qui vaillent. Il n'est d'oeuvre que l'acte en train de s'accomplir, fût-il le plus ordinaire.


Juan-David NASIO,Un psychanalyste sur le divan, Paris, Payot & Rivages, 2002 et 2009, pp. 186-187.

vendredi 22 mai 2009

Européennes















A l’approche des élections européennes du 7 juin, on assiste à un pilonnage insidieux en faveur de l’écologie. Cela va des brefs «sujets» abordés quotidiennement dans les différents journaux télévisés aux émissions dûment « labélisées » telles Ushuaia, opportunément programmées, en passant par les inévitables interventions d’un ex-leader de la jeunesse rouge repeint en politicien vieillissant mais encore vert…

La publication, jour après jour, de sondages censés refléter l’évolution de l’opinion mais en réalité présentés de manière à subtilement l’orienter n’a guère permis jusqu’ici d’éclairer les citoyens sur les enjeux du scrutin.

Les arguments des opposants à la politique menée par la Commission de Bruxelles durant la précédente mandature ne font l’objet d’aucun débat sérieux. A trois semaines d’un vote important, il est beaucoup question du Festival de Cannes, mais on attend toujours l’émission qui mettrait face à face des représentants de toutes les listes en présence en leur accordant le temps nécessaire pour exposer et défendre leurs positions en un débat ouvert, contradictoire.

On voit bien, au demeurant, tout le parti que les « grandes listes » peuvent tirer d’une opposition sciemment réduite au verbe haut, aux slogans réducteurs et à l’argumentation simpliste des partisans de l’extrême-droite alors que restent pratiquement inaudibles les voix minoritaires des « petites listes » du Modem au NPA, au Front de gauche et à Debout la République…

En resteront nous à cette caricature du débat démocratique ?

jeudi 21 mai 2009

In Excelsis














Les réalités terrestres sont avant-dernières, elles s'éclairent à la lumière de la plénitude finale.

François-Xavier DURRWELL

mercredi 20 mai 2009


















Quand les principes économiques, intellectuels, moraux qui régissent une société sont devenus si fragiles qu’ils s’effondrent sous nos yeux, alors il me semble absurde – pire que cela, léger, frivole – de faire les importants avec des théories sur l’origine et l’issue probable de la catastrophe.
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Cette terre est la nôtre : nous sommes responsables de ce qui y survient. Le mal qui ronge l’humanité est tenace, prend sans cesse des formes nouvelles. Il ressemble à un champignon : nous le foulons au pied ; il renaît à côté. Parfois, il prend l’allure d’une provocation universelle.
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Qu’adviendrait-il de l’humanité si nous cessions de croire à l’avenir, si nous nous refusions à aimer les générations qui viendront après nous ?
...
Une vie d’homme après tout, qu’est-ce que c’est ? Peu et beaucoup à la fois ! Acceptons de vivre !
Parviendrons-nous au but ? Y a-t-il une autre rive ? De nos pieds fatigués, foulerons-nous jamais le sol de la terre promise ? Et même si nous devions échouer en route sans avoir trouvé de réponse, ni de consolation, ignorants de tout, tout cela aurait-il été vain ? Personne ne peut m’en donner la preuve.
Si, comme on le dit, rien ne se perd dans ce monde, si les énergies ne sont pas employées vainement, mais en fonction d’une fin, alors pourquoi l’énergie de notre cœur serait-elle gaspillée, perdue à jamais ?


Klaus MANN, Le Volcan (trad. Jean Ruffet)

dimanche 10 mai 2009


















Happy Mother's Day ! Joyeuse Fête des Mères !

vendredi 8 mai 2009

Le prix de la liberté













A Saint-Saturnin d'Apt, un village perché dans les contreforts du Mont-Ventoux...un poète inconnu, disparu à présent, Albert Trouchet, secrétaire de la mairie, a écrit quelques vers pour les quatorze maquisards (dont une jeune femme) qui devaient être passés par les armes par les Allemands. Vers populaires, comme si l'âme du peuple retrouvait, pour ses martyrs, ses paysans, les mots les plus simples et les plus justes pour les graver dans la pierre...


Souvenons-nous c'est pour la France
Qu'ils ont choisi périls, efforts,
Qu'ils ont mis leurs vies en balance
Et que c'est pour nous qu'ils sont morts

Leur élèverons-nous un temple
D'or et d'argent digne des rois
Si nous oublions leur exemple
Ils mourront encore une fois.

Pierre SEGHERS, La Résistance et ses poètes, Paris, Seghers, 1974, p. 324.

jeudi 7 mai 2009













L'horizon de notre existence s'obscurcit. Les nuages noirs qui s'amoncellent annoncent l'orage sans pareil qui risque d'éclater. Mais les catastrophes ne durent pas. Le ciel, que nous voyons aujourd'hui si sombre, s'éclaircira à nouveau ! Serons-nous illuminés par cette lumière nouvelle, nous autres qui luttons et souffrons ?

Klaus MANN, Der Vulkan, Heinrich Ellermann, 1977. Trad. fçse. Le Volcan, par Jean Ruffet, Paris, Orban,1982, pp. 136-137.

vendredi 1 mai 2009

Premier Mai
















Ils sont les ennemis de l’espoir ma bien-aimée
de l’eau qui ruisselle, de l’arbre à la saison des fruits,
de la vie qui pousse et s’épanouit.
Car leur front est marqué du sceau de la mort,
- dent pourrie, chair décomposée –
ils vont disparaître à jamais.
Et bien sûr ma bien-aimée, bien sûr,
sans maître et sans esclaves
Ce beau pays deviendra un jardin fraternel !
Et dans ce beau pays la liberté
ira de long en large
magnifiquement vêtue
de son bleu de travail.


Nazim HIKMET, Les ennemis