vendredi 29 mai 2009

Effort et modestie


















 


Mon message tient en deux mots : effort et modestie. La pensée qui n'est que pensée, la sculpture qui n'est que conçue, le poème qui n'est que rêvé ne coûtent pas encore de peine. C'est la traduction de la pensée en phrases, la transformation de la pierre en statue, et la composition du poème qui exigent un effort. Cet effort est long et douloureux, et pourtant, après l'avoir accompli, on a le sentiment qu'il est aussi précieux, plus précieux encore que l'oeuvre à laquelle il aboutit, parce que, grâce à lui, on a tiré de soi plus qu'il n'y avait, on s'est haussé au-dessus de soi-même.
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Quant à la modestie, je l'entends au sens de faire ce qu'on a à faire, d'accomplir au mieux de ses moyens la tâche qu'on a devant soi. Je veux dire que pour avoir une chance de réussir, il faut concentrer toute son énergie sur l'action présente sans penser au succès éventuel. Que la phrase que l'on écrit ou le trait que l'on dessine soient, au moment où ils sont exécutés, les seules oeuvres qui vaillent. Il n'est d'oeuvre que l'acte en train de s'accomplir, fût-il le plus ordinaire.


Juan-David NASIO,Un psychanalyste sur le divan, Paris, Payot & Rivages, 2002 et 2009, pp. 186-187.
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