mercredi 20 mai 2009


















Quand les principes économiques, intellectuels, moraux qui régissent une société sont devenus si fragiles qu’ils s’effondrent sous nos yeux, alors il me semble absurde – pire que cela, léger, frivole – de faire les importants avec des théories sur l’origine et l’issue probable de la catastrophe.
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Cette terre est la nôtre : nous sommes responsables de ce qui y survient. Le mal qui ronge l’humanité est tenace, prend sans cesse des formes nouvelles. Il ressemble à un champignon : nous le foulons au pied ; il renaît à côté. Parfois, il prend l’allure d’une provocation universelle.
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Qu’adviendrait-il de l’humanité si nous cessions de croire à l’avenir, si nous nous refusions à aimer les générations qui viendront après nous ?
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Une vie d’homme après tout, qu’est-ce que c’est ? Peu et beaucoup à la fois ! Acceptons de vivre !
Parviendrons-nous au but ? Y a-t-il une autre rive ? De nos pieds fatigués, foulerons-nous jamais le sol de la terre promise ? Et même si nous devions échouer en route sans avoir trouvé de réponse, ni de consolation, ignorants de tout, tout cela aurait-il été vain ? Personne ne peut m’en donner la preuve.
Si, comme on le dit, rien ne se perd dans ce monde, si les énergies ne sont pas employées vainement, mais en fonction d’une fin, alors pourquoi l’énergie de notre cœur serait-elle gaspillée, perdue à jamais ?


Klaus MANN, Le Volcan (trad. Jean Ruffet)
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