mardi 16 juin 2009

Les Vagues (fragment)














Tout y sera : mon existence,
Telle qu'elle est et qu'elle fut,
Mes élans avec ma constance,
Ce que, les yeux ouverts, j'ai vu.

Innombrables, devant moi grondent
Les vagues sur un ton mineur.
Dans le ressac elles abondent,
Gaufres brûlant sous la chaleur.

Innombrables, sur le rivage,
Bétail que le ciel par troupeaux
A chassé vers le pâturage
Pour dormir, lui, sur le coteau.

En troupeaux, en rouleaux, en fuite,
De tout l'élan de mon ennui,
Vers moi s'élancent mes conduites,
Crêtes de ce qui fut subi.

Vagues encore inexplicables,
Tout se vêt de leur changement,
Telles écumes innombrables,
Relayant la mer dans son chant.


Boris PASTERNAK, Seconde naissance (1930-1931)
Enregistrer un commentaire