mercredi 12 août 2009

Obésité














«L’architecture et l’urbanisme d’aujourd’hui pourchassent, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus trace, dans la maison moderne le
grenier, caverne aux trésors, sésame de l’imagination enfantine, tout comme avec la cave ils en extirpent le lest, les terreurs et les richesses souterraines. Dans cinquante ans, la poésie en portera les cicatrices, mais d’ici là elle aura mis la main sur des talismans de rechange. Tout fait penser que des symboles de mouvement (déjà la route, la voiture) remplaceront les prestiges des lieux clos, verrouillés, protégés, dont le château sous toutes ses formes était devenu pour nous depuis le moyen âge l’emblème inusable.»

Julien GRACQ, Lettrines, Paris, José Corti, 1967, p. 71.

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Ce que Gracq reprochait à l’architecture et à l’urbanisme d’aujourd’hui (encore était-il loin d’imaginer « les terreurs et les richesses » que recèlent les caves de nos « cités » banlieusardes!) cette lente mais inexorable décadence de l’imagination et du goût pourrait aisément s’appliquer aux mœurs alimentaires de nos contemporains.

On peut voir Obama lui-même s’emparer du problème et partir en croisade contre l’obésité, conséquence de la « mal bouffe » universelle. C’est que les « fast food » (MacDo, Quick, King Burger et consorts) commencent à coûter cher à nos systèmes de santé.

Les « symboles du mouvement », je les discerne pourtant dans la soudaine vogue du « bio » dont les medias sont devenus les intarissables thuriféraires.

Du « steak, frites, salade » cher à la mythologie barthienne, le « big mac » fut sans doute un temps le « talisman de rechange », mais ses jours sont désormais comptés, nous prédit-on. Du pays d’Obélix et de Bocuse, de cette terre qui inventa la gastronomie, le célèbre sandwich au ketchup ne deviendra jamais « l’emblème inusable ».
On vous l’assure…
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