dimanche 27 septembre 2009

De la crise et de l'Histoire



















De ma lecture comme toujours - et forcément - lacunaire de la presse, je retiens deux phrases. Elles émanent toutes deux d’hommes qui revendiquent à la fois leur appartenance à une tradition de gauche et leur liberté de jugement et de parole.
L’une a trait à l’économie : on la doit à Michel Rocard. Je l’extrais d’un entretien accordé au journal « Le Monde ». Comme souvent dans la bouche de cet homme politique (qui pourrait se réclamer de l’humble et fière revendication de Péguy : « Nous sommes des vaincus » [1] !), elle a la résonance d’un ferme diagnostic et d’un pronostic assez sombre :

«L'économie s'est abstraite ces dernières années de la sociologie, de l'anthropologie, de l'écologie pour mathématiser ses hypothèses et ses déductions. Elle a cessé de s'intéresser aux conséquences sociales de ce qu'elle faisait pour laisser cela à la charité ou à la police. La réappropriation sera longue [2]. »

On trouvera la seconde parmi les réflexions qu'a livrées à l’hebdomadaire « Le Point » l’historien, écrivain et ancien ministre Max Gallo :

« L’histoire est le seul laboratoire dont disposent les hommes pour comprendre le fonctionnement des sociétés [3]. »

Ces deux hommes ont en commun, outre le talent, intelligence et honnêteté intellectuelle, ce qui leur vaut d’être la cible des médiocres sectaires comme des arrivistes du PS.

On me dira qu’il ne suffit pas de jouer les Cassandre pour pouvoir changer le cours des choses. Mieux vaut pourtant poser, avec lucidité et courage, le bon diagnostic si l’on veut agir efficacement.

On constate aujourd’hui les ravages qu’ont pu faire, ces dernières années, l’idéologie de la rentabilité immédiate et le culte hédoniste (et infantile…) du « tout, tout de suite », « vivons à fond l’instant présent ».
L’idéologie et la pratique consuméristes hypostasient la nouveauté. Il faut être constamment « moderne », « jeune », « innovant », « à la page », toujours tendu vers l’avenir, quitte à ignorer que l’être humain a besoin de repères et qu’il s’enracine dans une histoire.
Nos grands hommes d’Etat – Gambetta, Clémenceau, Poincaré, Jaurès, Blum, Mendès-France, de Gaulle…- étaient tous pénétrés de l’histoire de leur pays.

Si la démagogie, la lutte pour le pouvoir et ses prébendes ne tenaient pas lieu de programme et ne s’étaient pas substituées au souci de l’intérêt général, nos hommes politiques auraient l’honnêteté et le courage de dire aux Français la vérité.
Celle-ci n’est pas toujours rose, mais elle n’est pas non plus désespérante. S’il est vital, par exemple, de s’attaquer sans plus d’atermoiements au problème de la dette comme à celui du déficit de la sécurité sociale, il n’est ni interdit ni impossible de faire appel à l’intelligence et au bon sens de nos concitoyens. Car la France ne souffre pas que de handicaps, elle possède aussi des atouts. Qu’il suffise de comparer notre système de santé - si essentiel pour la vie quotidienne et le bien-être concret des gens – à celui des Américains dont je lisais aujourd’hui le désarroi et l’incompréhension devant les débats surréalistes qu'ont suscités au Congrès les propositions de réforme du président Obama [4].

N’ayons pas peur !
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[1]"Et qu'est-ce qu'on nous a fait de notre République ? Je ne crois pas que l'histoire nous présente un autre, un second, un précédent exemple d'une telle déchéance, en si peu d'années, si brèves, aboutissant à une telle stérilité,à de telles menaces." Charles Péguy, [Nous sommes des vaincus], Oeuvres en prose 1909-1914, Gallimard, 1957, "La Pléiade", p. 53.
[2]Entretien avec Michel Rocard, "Le Monde", 26 septembre 2009.
[3] Entretien avec Max Gallo, "Le Point", 25 février 2009.
[4] Brigid Schulte, On a Street in Gaithersburg, Health-Care Anxiety Abounds, "The Washington Post", 27 septembre 2009:
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/09/26/AR2009092602775.html?hpid=topnews
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