lundi 19 octobre 2009

Je suis le Chemin...












Tels des naufragés, nous nageons vers la terre ferme, mais celle-ci, à peine entrevue, se dérobe déjà à nos regards.


«…Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges

Jeter l’ancre un seul jour ? »


La plainte du poète pleurant ses amours perdues semble bien vaine. Notre mal vient de plus loin. Ce que nous avons perdu, nous autres, hommes et femmes du XXIe siècle, c’est le sens même de notre existence. Et notre solitude, notre déréliction sont sans appel.

Le vaisseau Terre, dans sa lente et inexorable dérive, nous entraîne vers son naufrage : surpopulation, famines, pandémies, réchauffement climatique, manipulations génétiques, choc des civilisations, terrorisme, apocalypse nucléaire…

Une voix, pourtant, une petite voix, frêle, à peine audible, une voix intérieure ne cesse de nous murmurer : le pire n’est pas toujours sûr...

C’est la petite fille Espérance qui s’avance entre ses deux grandes sœurs !

C’est à Nietzsche que l’on doit d’avoir formulé la « crise des fondements » : sa recherche ne trouvera pas de fondement premier. Il faut penser sans fondement. Cette pensée trouvera un écho, une cinquantaine d’années plus tard, dans les examens de Popper, Lakatos, Feyerabend sur la raison scientifique. Avec la critique de l’induction, Popper arrive à l’idée que les pilotis de la science sont sur de la vase, et qu’il n’y a pas de fondement.

Cette grande disjonction entre la philosophie et la science n’est aujourd’hui plus féconde, dans la mesure où des problèmes philosophiques réapparaissent dans la science et où la philosophie, renfermée sur elle-même, tend à se dessécher et à ne plus remplir sa fonction de réflexion sur le monde humain. La pensée rationalisatrice, quantifiante, fondée sur le calcul, et qui se réduit à l’économique, est incapable de concevoir ce que le calcul ignore, à savoir la vie, les sentiments, l’âme, nos problèmes humains [1].

__________________________________

[1] Edgar MORIN, La Crise de la modernité (Cahier LaSer, n° 4, Descartes et Cie, 2002), article repris in Vers l’abîme ?, Paris, Editions de L’Herne, 2007, pp. 26-27.

Enregistrer un commentaire