mercredi 25 novembre 2009

Camus au Panthéon ?













Il est des idées – selon moi farfelues – qui ne peuvent germer que dans la tête d’un « homme du nord » !
Un « homme du nord » (que l’on me comprenne bien : l’expression n’a pas dans mon esprit la moindre nuance dépréciative !), pour moi qui suis né à Cannes et qui ai vécu toute mon enfance, toute ma jeunesse au bord de cette « mare nostrum » qui fut le berceau de la civilisation, c’est quelqu’un qui n’est pas, qui ne peut être (et cela, encore une fois, ne saurait lui être reproché) viscéralement attaché à ce que j’appelle la « civilisation méditerranéenne » au sens le plus large : à ses paysages, à sa lumière, à la griserie de ses parfums, à ses cigales, à son « blason des fleurs et des fruits » - mimosas et lauriers, orangers et caroubiers - aux accents chantants de ses hommes, quelle que soit la langue que module ce chant.

Quelle étrange idée, me disais-je, est venue hanter la cervelle de nos politiques pour qu’ils nous proposent aujourd’hui la translation des restes d’Albert Camus au Panthéon ?
Quel méditerranéen attaché, comme Camus le fut, à sa terre voudrait quitter le paisible et riant cimetière de Lourmarin pour un lieu aussi terne, aussi sinistre que le Panthéon parisien ? Faut-il n’avoir pas été ébloui à la lecture de Noces et de l’Eté pour concevoir une telle transgression ?

Pour ma part, j’y verrais presque un sacrilège !

On m’objectera peut-être que la Provence, ce n’est pas l’Algérie ou que la nation, par le détour de son Président, n’a d’autre ambition, en l’espèce, que d’honorer l’un de ses fils les plus dignes d’admiration, un écrivain de génie aussi universellement acclamé que Victor Hugo ou Zola… Quelque sensibles qu’ils puissent être à ces raisonnements, nombre de ses admirateurs les plus fervents (dont je suis !) persisteront à penser qu’il n’est pas pour Camus, hors de sa terre algérienne, d’ultime demeure aussi douce que ce balcon de Lourmarin d’où la vue embrasse toute la Provence - pendant camusien du cimetière de Sète d’où l’ombre de Valéry contemple encore « la mer, la mer toujours recommencée »…

Puisse-t-il y reposer longtemps encore !
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