mercredi 4 novembre 2009

Claude Lévi-Strauss









De Claude Lévi-Strauss j'ai beaucoup appris dès mes premières années d'études. La lecture de son Anthropologie structurale puis de Tristes tropiques fut pour moi, comme pour beaucoup d'autres, une révélation. Par la suite, il m'a toujours inspiré dans mon enseignement. Je voudrais, en citant ces quelques lignes qui concluaient sa leçon inaugurale au Collège de France, lui rendre, comme il le fit à ses amis Indiens, un modeste hommage.

Vous me permettrez donc, mes chers Collègues, qu'après avoir rendu hommage aux maîtres de l'anthropologie sociale dans le début de cette leçon, mes dernières paroles soient pour ces sauvages, dont l'obscure ténacité nous offre encore le moyen d'assigner aux faits humains leurs vraies dimensions : hommes et femmes qui, à l'instant où je parle, à des milliers de kilomètres d'ici, dans quelque savane rongée par les feux de brousse ou dans une forêt ruisselante de pluie, retournent au campement pour partager une maigre pitance et évoquer ensemble leurs dieux; ces Indiens des tropiques, et leurs semblables par le monde, qui m'ont enseigné leur pauvre savoir où tient, pourtant, l'essentiel des connaissances que vous m'avez chargé de transmettre à d'autres; bientôt, hélas, tous voués à l'extinction sous le choc des maladies et des modes de vie - pour eux, plus horribles encore - que nous leur avons apportés; et envers qui j'ai contracté une dette dont je ne serais pas libéré, même si, à la place où vous m'avez mis, je pouvais justifier la tendresse qu'ils m'inspirent et la reconnaissance que je leur porte, en continuant à me montrer tel que je fus parmi eux, et tel que, parmi vous, je voudrais ne pas cesser d'être : leur élève, et leur témoin [1].
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[1) Claude LEVI-STRAUSS, Leçon inaugurale, Collège de France (Chaire d'Anthropologie Sociale)
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