jeudi 12 novembre 2009

Something there is that doesn't love a wall...[1]













Assistant à la retransmission télévisée des cérémonies commémoratives de l’Armistice (11 novembre 1918), j’étais reconnaissant, comme beaucoup de Français, à la Chancelière d’Allemagne d’avoir su braver les réticences de certains de ses compatriotes pour répondre à l’invitation du Président de la République.
La réconciliation franco-allemande, œuvre commune des hommes d’Etat les plus éclairés de l’après-guerre, de part et d’autre du Rhin mais aussi au-delà, reste la pierre angulaire d’une Europe en construction. L’on ne peut donc que se réjouir de voir les dirigeants actuels de nos deux pays emboîter le pas à ces visionnaires que furent en leur temps Robert Schumann, Jean Monnet, de Gaulle, Adenauer, Walter Hallstein, Alcide de Gasperi, Paul-Henri Spaak, Johan Willem Beyen, Joseph Beck.

Une question, cependant, me vient à l’esprit – paradoxale seulement en apparence : les intellectuels seront-ils aujourd’hui à la hauteur des politiques ?

Car ce sont bien les politiques, cette fois, qui semblent avoir pris de l’avance sur ceux que l’on considérait comme l’avant-garde éclairée, comme les « faiseurs d’opinion ». Que l’on songe à Gide et à son « Retour de l’URSS », aux Surréalistes de l’entre-deux guerres compagnons de Breton, aux positions antifascistes d’un Malraux, aux écrivains de la Résistance, de Mauriac à Vercors, d’Eluard à Aragon, de Camus à Paulhan. Souvenons-nous aussi du retentissement que connurent les articles de Sartre lors du soulèvement hongrois de 1956 puis, en 1968, au moment du Printemps de Prague. Sans parler des guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie qui firent contre elles la quasi unanimité de l’intelligentzia française.

Las, quelle cause aujourd’hui pourrait paraître assez noble et assez urgente pour tirer de sa léthargie ce que la France compte encore d’intellectuels conscients de leur responsabilité ?
On se satisfait trop souvent de signer tous les cinq ans un appel à soutenir tel ou tel candidat à l’élection présidentielle, un moratoire sur le nucléaire ou les OGM, une pétition en faveur de l’adoption d’enfants par des couples homosexuels, un manifeste pour la préservation des ours polaires ou la sauvegarde de la forêt amazonienne… et puis l’on rentre chez soi vaquer à ses occupations coutumières.

Pendant ce temps, loin de la paisible Europe, guerres et famines ne connaissent ni trêve ni répit…
Combien de murs reste-t-il à abattre, réels ou imaginaires ? Combien de jeunes hommes devront encore tomber ? Combien de mères devront encore pleurer ?

Cette génération réclame-t-elle un signe ? Mais « de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas [2] » …

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[1] Robert FROST, Mending wall in North of Boston.
[2] Mt. 16, 4
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