vendredi 25 décembre 2009

Hodie puer natus est ...













"L'Incarnation, si elle avait été éclatante et glorieuse aux yeux des hommes, n'aurait pas révélé l'Innocent."

François VARILLON, L'humilité de Dieu, Paris, Le Centurion, 1974, p. 99.

jeudi 24 décembre 2009


















"Mon patriotisme ne connaît aucune exclusive. Il est prêt à accueillir le monde entier. Je ne peux que rejeter toutes ces formes de patriotisme qui tirent leur force des malheurs et de l'exploitation des autres nations. Mon patriotisme perd toute sa signification s'il ne cherche pas, en permanence et sans la moindre exception, à promouvoir le maximum de bien pour l'humanité tout entière."

GANDHI, Tous les hommes sont frères (1948)

mercredi 16 décembre 2009

La littérature pour vivre ensemble ?


















"Les quatre plus grands – mondes complexes et inépuisables, ambigus, modernes – ce sont Platon, Dante, Shakespeare et Dostoïevsky. Chaque nation en donne un seul. Si une nation est un ensemble de souvenirs communs, de coutumes, d’habitudes et de mythes, il est naturel que se produise une seule fois le moment où tout s’équilibre et vit ensemble vraiment."


Cesare PAVESE, Le métier de vivre, Paris, Gallimard, 1958 pour la traduction française.

mardi 15 décembre 2009

La question nationale (suite)















« … l’appel à la pensée se fait entendre dans l’étrange entre-deux qui s’insère parfois dans le temps historique où non seulement les historiens mais les acteurs et les témoins, les vivants eux-mêmes, prennent conscience d’un intervalle dans le temps qui est entièrement déterminé par des choses qui ne sont plus et par des choses qui ne sont pas encore. Dans l’histoire, ces intervalles ont montré plus d’une fois qu’ils peuvent receler le moment de la vérité. » [1]

D’une autre façon, certes, que ne le concevait Hannah Arendt dans les années 50, nous nous trouvons à nouveau dans cet «entre-deux» où peut poindre la vérité.

C’est à ce point, sans doute, si elle peut prétendre à quelque légitimité, que l’interrogation sur le phénomène induit par les migrations de populations à l’échelle mondiale (immigration/émigration) peut aujourd’hui rejoindre le questionnement sur l’ « identité » nationale.

Plusieurs facteurs conjuguant leurs effets, de nombreux enfants issus des générations de l’après-guerre se sont trouvés en porte-à-faux par rapport à ce qu’on pourrait appeler l’ «héritage naturel» de la tradition française. Les deux vecteurs principaux de cet héritage restant la famille et l’école de la République.

D’importants éléments de clivage - ou de distinction, pour reprendre le terme de Bourdieu - au sein d’une population loin d’être uniforme subsistaient, notamment, la classe sociale (ouvriers vs bourgeois, par exemple) et la tradition familiale (religieux vs libres penseurs). On pourrait dire à ce propos, en un raccourci forcément simplificateur, que l’une des conquêtes politiques majeures de notre République, la laïcité, fut le résultat de ce double antagonisme, lui-même hérité du conflit entre l’Ancien régime et la Révolution de 1789.

On peut donc concevoir qu’au sein d’une république désormais laïque, respectueuse de la liberté de pensée, il ne soit pas impossible de trouver sa place.
Les problèmes surgissent à partir du moment où la génération actuelle reçoit pour seul « héritage » ce moment historique de l’«entre-deux».
A ce moment où l’histoire hésite - crise économique et chômage aidant -, il n’est guère étonnant, en effet, qu’il lui semble n’avoir ni passé ni avenir.

Pour nombre de ces jeunes Français qui la composent, des parents venus d’outre-Méditerranée se sont trouvés écartelés entre deux cultures, à la recherche d’une synthèse qu’ils n’avaient, le plus souvent, ni les moyens économiques ni les instruments culturels de réaliser en si peu de temps.

(Jeune professeur, je me revois, en compagnie d’une de mes collègues de l’université, donnant des cours d’alphabétisation à des travailleurs maghrébins assommés de fatigue après une journée de labeur sur des chantiers de construction).

La mise en question de la structure familiale traditionnelle qu’ont provoqué l’évolution des mœurs, la montée du chômage liée aux difficultés économiques, un urbanisme aberrant (la liste n’est pas exhaustive…) s’ajoute à l’inadéquation d’une école trop lente à adapter ses programmes et ses méthodes au nécessités du monde actuel et à la diversité de son nouveau public.
(Dans un tel contexte, on ne peut que s’interroger sur l’étrange raisonnement qui a pu conduire le gouvernement à proposer une réforme de l’enseignement de l’histoire contraire au bon sens : le nombre d’heures consacré à cette discipline diminuant, alors que la connaissance de l’histoire universelle permet de se situer dans l’enchaînement des générations, dans l’arc-en-ciel des cultures mondiales et représente, de ce fait, un facteur d’intégration).

La contestation de la famille et de l’école comme lieux traditionnels de transmission d’un « héritage » – celui-ci étant soit absent soit perçu comme inadapté - doit nous inciter à aborder de façon totalement novatrice le problème de cet «héritage» et, par suite, la question nationale. Mais en prenons-nous le chemin ?

A l’heure où nous parlons, le seul héritage de cette génération est celui d’un présent à inventer dans l’acceptation commune d’un métissage qui devrait constituer pour tous un enrichissement.
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[1] Hannah ARENDT, La crise de la culture, op.cit., p. 19.

samedi 12 décembre 2009

La question nationale

















"Lorsque le fil de la tradition se rompit finalement, la brèche entre le passé et le futur cessa d'être une condition particulière à la seule activité de la pensée et une expérience réservée au petit nombre de ceux qui faisaient de la pensée leur affaire essentielle. Elle devint une réalité tangible et un problème pour tous; ce qui veut dire qu'elle devint un fait qui relevait du politique." [1]


Quel que soit le jugement que l’on porte quant à l’opportunité d’un débat sur la question nationale, force est de constater qu’aujourd’hui débat il y a. Certains l’abordent en termes vifs, souvent polémiques, parfois excessifs. Il était sans doute inévitable qu’un tel examen, mal préparé, mal encadré, donne lieu à beaucoup d’amalgames, d’approximations, de simplifications caricaturales. On aurait tort, toutefois, car ce serait une hypocrisie, d’en contester la légitimité, voire la nécessité.

La question – implicite ou explicite – que pose à tout individu détenteur d’une carte d’identité française son appartenance à une communauté : la communauté française, méritait, à un moment ou à un autre, d’être posée.

Pour y répondre, d’aucuns affirment qu’être français, c’est (et, selon eux, cela suffit) assumer les valeurs de la République. En effet, la devise – liberté, égalité, fraternité – propose, en un résumé emblématique, un idéal (asymptotique, comme tout idéal) que prolongent, dans une réalité toujours évolutive, les conquêtes récentes que sont, notamment, la laïcité, l’émancipation des femmes (par le droit de vote, le droit à l’avortement, l’égalité salariale), la sécurité sociale, etc.

On pourrait peut-être, s’en tenir là, s’il n’était par ailleurs nécessaire de prendre en compte le caractère incarné de l’existence humaine.

L’appartenance à une nation est l’une des déterminations possibles, mais ni nécessaire ni exclusive, de l’existence humaine : l’une des nombreuses composantes de ce que l’on résume sous le terme d’identité. Il en est d’autres, à l’évidence, tant physiques que psychologiques, sociales, morales, spirituelles, etc.
De cette caractéristique de l’existence humaine d’être "en situation" résulte son inscription dans une histoire, en tant que liberté incarnée.

Il s’agit donc, pour celui qui est résolu à assumer le risque et la responsabilité de cette liberté, de se déterminer avec la plus grande clairvoyance possible par rapport à une histoire collective dans laquelle il se trouve inséré, soit de facto parce qu’il a hérité à sa naissance de la citoyenneté (droit du sol ou ascendance parentale), soit par libre choix lorsqu’il s’est trouvé en âge ou en situation de demander sa naturalisation.

On sait que la personne humaine est à la fois tributaire d’un patrimoine génétique et d’une histoire personnelle qui contribuent, pour une certaine part, à la déterminer : c’est la dimension d’un passé qui, envisagé comme forme de passivité, pèse sur sa liberté pour la restreindre (d’où ce travail d’archéologie que constitue, par exemple, une psychanalyse) mais qu’elle est aussi capable de se projeter dans l’avenir en posant devant elle des valeurs qu’elle entend, par son travail et son engagement, faire advenir au réel de l’histoire, personnelle et collective (il s’agit là de la dimension que l’on pourrait appeler téléologique de l’existence humaine).

Aussi ne me paraît-il pas infondé de raisonner de la même manière lorsqu’il s’agit de réfléchir à la question de l’ « identité » nationale : cette identité ne me vient-elle pas à la fois de l’héritage d’un passé – d’une histoire que j’ai décidé, en toute liberté, de faire mienne (ce qui implique d’assumer sa part d’ombre, de la même façon que je ne puis me défaire de ces gènes hérités de mes parents – gènes qui me constituent, même s’ils me sont un handicap) et de l’affirmation de valeurs que je m’engage, tout aussi librement, non seulement à respecter mais encore à promouvoir à mon tour dans le présent et pour l’avenir.

Mais assumer n’est pas approuver ! Il m’appartient, dans mon inaliénable liberté, de porter le jugement moral que me dicte ma conscience sur les agissements de mes compatriotes et sur ce qui se fait en mon nom (jusqu’à une époque récente, la justice, rendue au nom du peuple français, pouvait condamner un être humain à la peine de mort). Je dois même assumer le risque qu’un tel jugement puisse me conduire jusqu’à la désobéissance civile (ce fut le cas, par exemple, de ceux de nos compatriotes qui, durant la seconde guerre mondiale, refusèrent la collaboration et rejoignirent la France libre). Car, à l’instar de la tragédie d’Antigone, le conflit peut, à certains moments et dans certaines circonstances, devenir inévitable entre légalité et légitimité, entre les impératifs de la loi immanente et les exigences de la Loi morale transcendante.

Cependant, une interprétation étroite, voire dogmatique ou «sacralisante» de la laïcité républicaine ne risque-t-elle pas d’aller jusqu’au déni de la réalité et de la vérité historique en refusant d’admettre que la France (comme ce fut le cas pour l’Europe) a effectivement - mais non exclusivement ! - des «racines chrétiennes» ?
Nous verrions-nous alors contraints - pour ne citer que l’exemple historique le plus emblématique sans doute de la récurrente division des Français – d’opérer un tri parmi les dreyfusards et d'établir une distinction entre l’indignation d’un Zola et celle d’un Péguy, sous prétexte que l’un croyait au ciel et que l’autre n’y croyait pas ?

En définitive, et quelles que soient ses origines, ses convictions politiques, sa foi religieuse ou la couleur de sa peau, on se reconnaît français dans l’assomption des valeurs d’émancipation dont l’expression politique, en terre de France, n'est autre que la République.
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[1] Hannah ARENDT, La crise de la culture, Paris, Gallimard, 1972 pour la traduction française; Folio "essais", p. 25. (C'est moi qui souligne)

mardi 8 décembre 2009

Stella Maris...


















On attribue au féminin toute une dimension de tendresse, finesse, vitalité, profondeur, intériorité, sentiment, réceptivité, don de soi, sollicitude et accueil, dimension qui s’exprime dans l’existence humaine de l’homme et de la femme. Ces qualités ont leur fondement ultime en Dieu lui-même, qui dans l’histoire du salut a également manifesté des dimensions féminines. Les textes sacrés le présentent comme une mère qui console (Is 66-13), toujours proche du fils de ses entrailles (Is 49,15 ; Ps 25,6 ; 116,5), l’élevant tendrement jusqu’à son visage (Os 11,4) et qui, au terme de l’histoire, telle une grande et généreuse mère, séchera les larmes de nos yeux (Ap 21,4). Dieu n’est pas seulement Père d’infinie bonté, il est aussi Mère de tendresse sans limite. Le salut qui s’est accompli dans l’histoire montre bien la douceur et le caractère accueillant de Dieu-Mère. Marie fut l’instrument privilégié de cette dimension féminine [1].

...Ora pro nobis

Il convient de partir de l’expérience humaine dans son évidence quotidienne. A toute heure, il nous arrive de ne pas pouvoir, pour une raison ou pour une autre, satisfaire nous-mêmes certaines de nos nécessités. Alors, nous prions quelqu’un de nous prêter un peu d’huile, de nous remplacer dans un travail, de nous rapporter du marché un kilo de haricots, de nous acheter un ticket d’autobus. D’autres fois, nous avons besoin d’aide pour résoudre quelque problème intérieur, nous sommes en quête d’une parole qui nous permette d’y voir plus clair, nous demandons pardon et compréhension, nous sollicitons une faveur, l’intervention de quelqu’un qui pourra nous aider à trouver une solution. La vie est remplie de situations semblables et tissée de ces relations de solidarité, d’aide mutuelle. Nous faisons l’expérience de ce que dom Helder Camara décrit si génialement :

Personne n’est si riche qu’il ne puisse recevoir, personne n’est si pauvre qu’il ne puisse donner.

Nous sommes immergés dans les nécessités humaines, les appels à l’aide, les attentions de la solidarité [2].
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[1] Leonardo BOFF, Je vous salue Marie, L’Esprit et le féminin, traduit du brésilien par Christine et Luc Durban, Paris, Cerf, 1986, p. 17.
[2] Ibid., p. 80-81.

dimanche 6 décembre 2009

Temps et éternité



















"Penser historiquement l'esprit signifie que le temps est englobé dans l'éternité, et que l'éternité fait irruption dans le temps, le temps n'est plus renfermé en lui-même. Le temps est la forme fondamentale de l'objectivation de l'existence humaine. Mais l'histoire dans le temps n'a de sens que parce qu'elle dissimule les temps et les délais du règne de l'esprit. L'esprit a une existence historique."

Nicolas BERDIAEFF, Esprit et réalité, Paris, Aubier, 1943, p.204.

mardi 1 décembre 2009

Pour ne plus être seuls













"In the end, our security and leadership does not come solely from the strength of our arms. It derives from our people, from the workers and businesses who will rebuild our economy; from the entrepreneurs and researchers who will pioneer new industries; from the teachers that will educate our children and the service of those who work in our communities at home; from the diplomats and Peace Corps volunteers who spread hope abroad; and from the men and women in uniform who are part of an unbroken line of sacrifice that has made government of the people, by the people, and for the people a reality on this Earth"
.

President Obama, November 30, 2009


***

POUR NE PLUS ETRE SEULS

Comme un flot d’oiseaux noirs ils dansaient dans la nuit
Et leur cœur était pur on ne voyait plus bien
Quels étaient les garçons quelles étaient les filles

Tous avaient leur fusil au dos

Se tenant par la main ils dansaient ils chantaient
Un air ancien nouveau un air de liberté
L’ombre en était illuminée elle flambait

L’ennemi s’était endormi

Et l’écho répétait leur amour de la vie
Et leur jeunesse était comme une plage immense
Où la mer vient offrir tous les baisers du monde

Peu d’entre eux avaient vu la mer

Pourtant bien vivre est un voyage sans frontières
Ils vivaient bien vivant entre eux et pour leurs frères
Leurs frères de partout ils en rêvaient tout haut

Et la montagne allait vers la plaine et la plage
Reproduisant leur rêve et leur folle conquête
La main allant aux mains comme source à la mer.

Paul ELUARD, Une leçon de morale (1949)