samedi 30 janvier 2010

Justice



















« L’identification d’injustices réparables n’est pas seulement l’aiguillon qui nous incite à penser en termes de justice et d’injustice, c’est aussi le cœur de la théorie de la justice...»

« La démocratie ne se juge pas aux seules institutions qui existent formellement, mais aussi à l’ampleur des possibilités réelles qu’ont de se faire entendre des voix différentes, issues de diverses composantes de la population [1]. »

Amartya SEN


Au-delà de la personne de Dominique de Villepin, si les péripéties de l’ « affaire Clearstream » et son dernier rebondissement suscitent tant d’émotion, c’est parce que l’indépendance de la justice est désormais en jeu, et donc les fondements mêmes de notre démocratie.

Chacun le perçoit d’autant mieux que les tentatives du pouvoir exécutif d’alourdir sa mainmise sur l’institution n’ont cessé de se répéter depuis deux ans. Sous couvert de rationalisation, ce fut d’abord la réforme de la carte judiciaire et la suppression de nombreux tribunaux de proximité ; c’est aujourd’hui, avec la disparition programmée du juge d’instruction et son corollaire l’extension des prérogatives du parquet, l’équilibre même de l’institution judiciaire qui est en cause.

C’est pourquoi la suspicion qui désormais plane sur l’indépendance de juges dont la carrière dépend directement de la Chancellerie ne pouvait être que renforcée par la décision (malheureuse) du procureur de Paris de faire appel du jugement relaxant Dominique de Villepin.

Etait-il besoin d’être grand stratège et fin politique pour anticiper ce qu’allaient être les réactions de la presse comme du public à cette « maladresse délibérée » ?

Il est grand temps pour notre pays de se réveiller et de renforcer toutes les formes de contre-pouvoirs. Du Conseil Constitutionnel à la Cour des Comptes – que la disparition de Philippe Séguin prive d’un héraut puissant – les mises en garde et les rappels à l’ordre, pour mesurés qu’ils aient été, se faisaient déjà plus pressants. C’est désormais au peuple dans ses profondeurs de faire entendre sa voix quand le pouvoir persiste à faire la sourde oreille.
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[1] Amartya SEN, L'idée de justice, Paris, Flammarion, 2010, pour l'édition française, p. 12 et 17.

vendredi 22 janvier 2010

Haïti (suite)

"Les Européens n'auraient vraisemblablement pas été capables de faire ce que les Etats-Unis font en Haïti. Encore une fois, pas seulement pour des raisons d'éloignement, mais faute de moyens - aériens, maritimes, bref logistiques. (...) L'UE n'avait pas de force de réaction rapide à mettre au service des Haïtiens. Elle n'a pas non plus été politiquement présente : vous avez entendu le président Herman Van Rompuy, la haute représentante Catherine Ashton ?"

Alain FRACHON, Haïti et l'Europe in "Le Monde" daté 22 janvier 2010.

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LA SECURITE CIVILE A TRANSFORME LE LYCEE FRANCAIS EN HOPITAL DE CAMPAGNE


"Un hôpital aux normes européennes, avec bloc opératoire et salle de radio et d'échographie", souligne le colonel de sapeurs-pompiers Michel Orcel.
(...)
"Nous avons acheminé 38 tonnes d'équipements et avons commencé à installer l'hôpital hier [dimanche 17 janvier] à 18 heures", raconte le colonel Orcel. Les premiers blessés sont arrivés le lendemain matin.

Jean-Michel CAROIT
, envoyé spécial du journal "Le Monde" à Port-au-Prince. Numéro daté 20 janvier 2010.

mardi 19 janvier 2010

Haïti

"Keen [1] said Argentina, Israel, Turkey, Russia and Portugal have set up portable hospitals to help care for the wounded and the Navy has sent the hospital ship, the USNS Comfort, which can accommodate up to 1,000 beds."

(The Washington Post, By Dana Hedgpeth, Monday, January 18, 2010; 9:59 PM)

Mais où est la France ?

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L'écrivain haïtien Dany LAFERRIERE témoigne dans "Le Monde" (daté 17-18 janvier) des ressources dont ont fait preuve les habitants de Port-au-Prince :

"...ce qui a sauvé cette ville, c'est l'énergie des plus pauvres."

(Propos recueillis pour "Le Monde" par Christine Rousseau.
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[1] Lieutenant General Ken Keen, commander of the US military operation in Haiti.

dimanche 17 janvier 2010





















Si je pouvais,
je donnerais une mappemonde
à chaque enfant...
Et si possible,
un globe lumineux
dans l'espoir
d'ouvrir au maximum
le regard de l'enfant
et d'y éveiller
intérêt et amour
pour tous les peuples,
toutes les races,
toutes les langues,
toutes les religions ! ...


Dom Helder CAMARA, Mille raisons pour vivre, Paris, Seuil, 1980.

jeudi 7 janvier 2010














"La mort de ceux que l'on aime...on y pense, après un certain temps, avec une inexplicable douceur."
Charles de Gaulle [1]

Que représentait Philippe Séguin, qui explique l'unanimité des hommages à lui rendus après sa mort ?
- La fidélité !

Sa fidélité dans le service de la nation et - ce qui assurément revient au même - sa fidélité à la personne, à l'action et à l'héritage du général de Gaulle.

"Dans le gaullisme, il y a ce qui s'explique, et ce qui ne s'explique pas [2]."
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[1] cité par André MALRAUX, Les chênes qu'on abat..., Paris, Gallimard, 1971, p. 67.
[2] Ibid., p. 152.

samedi 2 janvier 2010

Ode à la liberté

















Tyrans du monde, frémissez !
Et vous, prenez courage et voix,
Révoltez-vous, esclaves déchus ! (...)
Seigneurs, la couronne et le trône sont vôtres,
C'est la loi qui vous les donne - non la nature.
Vous êtes plus puissants que le peuple,
Mais la loi est plus forte que vous.
Apprenez, ô tzars !
Ni punitions, ni récompenses,
Ni le sang des prisons, ni les autels,
Ne sont des barrières suffisantes.
Inclinez les premiers votre tête
Sous la justice des lois.
Et alors la liberté des peuples et la paix
Deviendront les gardiens éternels du trône.

Alexandre POUCHKINE, 1817.

vendredi 1 janvier 2010

Au monde ...













Un train siffle et s’en va, bousculant l’air, les routes,
L’espace, la nuit bleue et l’odeur des chemins :
Alors, ivre, hagard, il tombera demain
Au cœur d’un beau pays en sifflant sous les voûtes.

Ah ! la claire arrivée au lever du matin !
Les gares, leur odeur de soleil et d’orange,
Tout ce qui, sur les quais, s’emmêle et se dérange,
Ce merveilleux effort d’instable et de lointain !

- Voir le bel univers, goûter l’Espagne ocreuse,
Son tintement, sa rage et sa dévotion ;
Voir, riche de lumière et d’adoration,
Byzance consolée, inerte et bienheureuse.

Voir la Grèce debout, au bleu de l’air salin,
Le Japon en vernis et la Perse en faïence,
L’Egypte au front bandé d’orgueil et de science.
Tunis, ronde et flambant d’un blanc de kaolin.

Voir la Chine buvant aux belles porcelaines,
L’Inde jaune, accroupie et fumant ses poisons,
La Suède d’argent avec ses deux saisons,
Le Maroc, en arceaux, sa mosquée et ses laines…


Anna de NOAILLES, L’ombre des jours