dimanche 28 février 2010

A ma mère





















"...toute maternité s'accomplit dans une merveille de silence. Longtemps on ne s'aperçoit pas de son état. Puis l'enfant ne se décèle qu'à de très faibles frémissements. Sa mère lui parle, le rêve, s'en inquiète, s'en amuse, et tout reste intérieur, fin comme une pensée.
(...)
On n'est pas mère par la matrice, on l'est par l'esprit et le visage ouvert. Pas de maternité qui ne reçoive, grâce à un seul enfant, le monde entier comme un enfant, et ne pose sur lui les gestes arrondis de la chaleur, de la nourriture, de la sollicitude. Pas de maternité sans le voeu ardent de la paix, parce que chaque violence commise dans le monde meurtrit sa chair profonde, et inscrit d'irréparables blessures."

France QUERE, Marie, Paris, Desclée de Brouwer,1996, p. 61 et 180.

samedi 20 février 2010

Philosophia perennis














 La connaissance philosophique dépend de l'ampleur de l'expérience vécue, elle suppose l'expérience essentiellement tragique de toutes les contradictions de l'existence humaine. A la source de la philosophie est l'expérience de l'existence humaine dans sa plénitude [1].

Ce qui connaît, ce n'est pas l'esprit universel, ou la raison universelle, ni le sujet impersonnel, la "conscience en général"; c'est le moi, l'homme comme existence concrète, la personne; et le problème fondamental de la connaissance, c'est celui de ma connaissance, de la connaissance personnelle de l'homme lui-même. [2]

Le coeur et la conscience demeurent les agents suprêmes de l'évaluation et de la connaissance du sens des choses
[3].


Je me suis toujours méfié de ces auteurs médiatiques et médiatisés qui ne peuvent paraître (et faire paraître...) sans accoler à leur nom, comme on exhibe une décoration, le titre ronflant de "philosophe". Le petit monde parisien qui règne sur le microcosme journalistique, toujours prêt à servir les plats qui alimenteront les conversations des "bobos", s'empresse de lancer le produit - labellisé "philosophique" - comme on lance la dernière rengaine sur CD ou l'ultime crème à bronzer.

Et tant mieux si - heureux effet collatéral ! - l'engouement tout "spontanément" suscité contribue à faire retomber quelques espèces sonnantes dans l'escarcelle de l'auteur et de son éditeur...

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[1] Nicolas BERDIAEFF, 5 méditations sur l'existence, Paris, Aubier, 1936, p. 23.
[2] Ibid., p. 32.
[3] Ibid., p. 22.

jeudi 11 février 2010













The holiest of all holidays are those
Kept by ourselves in silence and apart;
The secret anniversaries of the heart,
When the full river of feeling overflows; -
The happy days unclouded to their close;
The sudden joys that out of darkness start
As flames from ashes; swift desires that dart
Like swallows singing down each wind that blows !
White as the gleam of a receding sail,
White as a cloud that floats and fades in air,
White as the whitest lily on a stream,
These tender memories are; - a Fairy Tale
Of some enchanted land we know not where,
But lovely as a landscape in a dream.

Henry Wadsworth LONGFELLOW, A book of sonnets

Les plus sacrées de toutes les fêtes sont celles

Que nous célébrons en silence par-devers nous-mêmes ;

Les secrets anniversaires du cœur,

Quand le fleuve gonflé des sentiments déborde ;

Les jours heureux qui s’achèvent sans nuages ;

Les flambées de joie éclairant les ténèbres

Comme des flammes surgies des cendres ; des désirs fulgurants

Qui, tels des hirondelles, s’envolent en chantant au gré des coups de vent !

Blancs comme le reflet d’une voile dans le lointain,

Blancs comme un nuage qui flotte et s’évapore dans l’air,

Blancs comme le lys le plus pur au fil d’un ruisseau,

Ainsi vont les tendres souvenirs ; - un Conte de Fées

D’on ne sait quelle contrée enchantée,

Mais merveilleux comme un paysage de rêve.


(Ma traduction)


samedi 6 février 2010

La pensée du jour :

"Une oeuvre ne résout rien, de même que le travail de toute une génération ne résout rien. Les enfants - le lendemain - recommencent toujours et ignorent allègrement leurs parents, le déjà fait. La haine, la révolte contre le passé est plus acceptable que cette béate ignorance. Ce que les époques antiques avaient de bon était leur constitution où l'on regardait toujours vers le passé. C'est là le secret de leur inépuisable plénitude. Parce que la richesse d'une oeuvre - d'une génération - est toujours donnée par la quantité de passé qu'elle contient."

Cesare PAVESE, Le métier de vivre (18 août 1947)