jeudi 1 avril 2010
















"Comment remédier à la futilité de ce qui nous occupe - car l'insuffisance du langage témoigne de l'insuffisance de la vie ?" [1]

Jean-Bertrand PONTALIS

"On amuse les gens, on les fascine avec ces histoires et cela les détourne absolument du fond de l'affaire. En politique, quel intérêt peut bien avoir le fait que Carla succède à Cécilia ? Evidemment aucun." [2]

Alain BADIOU

***

L'incessant et vain remue-ménage de l'actualité a fini par m'agacer. Je m'en détourne avec soulagement.

A la radio, ce matin, j'entendais encore disserter sur la "culture" (en cet indescriptible charabia qu'Etiemble avait en son temps justement baptisé "franglais" mais qui n'a plus rien aujourd'hui de français ni même d'anglais car ce jargon lui-même s'est avachi, abâtardi en une techno-langue américano-apatride; en un volapuk aurait dit de Gaulle !)

Que reste-t-il de nos jours de la culture ? ou plutôt : combien d'hommes et de femmes cultivés au sens où pouvaient l'être Proust ou Ruskin, Virginia Wolf ou Marguerite Yourcenar au siècle dernier ?

La culture serait élitiste... Le beau reproche ! (et quelle découverte...!)
On comprend la rage envieuse, le dépit des paresseux et des médiocres pour qui le mot "élite" est un gros mot et qui donc lui préfèrent celui de "people" ou de "célébrités".

Désormais, suivant cet appauvrissement général du langage qui va de pair avec la raréfaction de la pensée, l'onomatopée s'est substituée au mot juste, au terme propre, le "bling-bling" remplace avantageusement, paraît-il, l'ostentatoire ou le m'as-tu-vu.

Au pays de Rabelais, nos néo-moutons de Panurge, médiatiquement accompagnés, se précipitent avec délectation dans l'irrésistible courant du "mainstream" [3].

Welcome, donc, to this brave new world de la "culture" mondialisée !
______________________________

[1] Jean-Bertrand PONTALIS, Le Dormeur éveillé, Paris, Le Mercure de France, 2004; Gallimard, Collection "Folio", p. 87.
[2] Alain BADIOU avec Nicolas TRUONG, Eloge de l'amour, Paris, Flammarion, 2009, p. 85.
[3] Littéralement : le courant (stream) principal (main), ce que je me risquerai à traduire en français (qu'on me pardonne !) par "la pensée unique" ...
Enregistrer un commentaire