mercredi 26 mai 2010













"Nous sommes sommés d'entreprendre un gigantesque effort de repensée, qui puisse intégrer les innombrables connaissances dispersées et compartimentées, pour considérer notre situation et notre devenir dans notre Univers, dans la biosphère, dans notre Histoire [1]."

***

Allons-nous, muets et impuissants, assister au démantèlement définitif de notre système éducatif ?

Si l'on entend bien les déclarations du Ministre de l'Education, Luc Chatel, le gouvernement, sous prétexte d'aménager les rythmes scolaires, s'apprête à porter le coup de grâce à la seule institution encore capable de former des citoyens éclairés et autonomes. Ce mauvais coup intervient à l'heure même où d'autres nations, nos voisins anglais et allemands notamment, qui sont en compétition avec nous dans la lutte pour conserver un rôle dans le monde de demain, ont compris l'importance de préparer l'avenir par l'excellence éducative.

Comme il en a l'habitude, Edgar Morin pose, dans "le Monde", le juste diagnostic. Voici ce qu'il écrit, après avoir dressé un panorama sans concession de "la modernité en crise" :

"Plus grave encore est la disparition du peuple de gauche. Ce peuple, formé par la tradition issue de 1789, réactualisée par la IIIe République, a été cultivé aux idées humanistes par les instituteurs, par les écoles de formation socialistes, puis communistes, lesquelles enseignaient la fraternité internationaliste et l'aspiration à un monde meilleur. Le combat contre l'exploitation des travailleurs, l'accueil de l'immigré, la défense des faibles, le souci de la justice sociale, tout cela a nourri pendant un siècle le peuple de gauche, et la Résistance sous l'Occupation a régénéré le message.
Mais la dégradation de la mission de l'instituteur, la sclérose des partis de gauche, la décadence des syndicats ont cessé de nourrir d'idéologie émancipatrice un peuple de gauche dont les derniers représentants, âgés, vont disparaître
[2]."

Et le philosophe d'appeler au sursaut :

"La situation exige à la fois une résistance et une régénération de la pensée politique [3]."

Edgar Morin ouvre aussi des pistes, dont beaucoup présupposent un système d'éducation renforcé et rénové. Ecoutons-le encore :

"Il faudrait également adopter et adapter une sorte de conception néoconfucéenne, dans les carrières de l'administration publique et les professions comportant une mission civique (enseignants, médecins), c'est-à-dire promouvoir un mode de recrutement tenant compte des valeurs morales du candidat, de ses aptitudes à la "bienveillance" (attention à autrui), à la compassion, de son dévouement au bien public, de son souci de justice et d'équité [4]."

Le grand humaniste rejoint dans son appel à "la résistance à tout ce qui dégrade l'homme par l'homme" une exigence plus ancienne que portait déjà, dès mars 1944, au sortir de la tourmente, le Conseil National de la Résistance.

Rappelons le but que le C.N.R. fixait à un système d'éducation qui serait enfin réellement démocratique :

"La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l'instruction et d'accéder à la culture la plus développée quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires [5]."
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[1] Edgar MORIN, "Ce que serait "ma" gauche" in "Le Monde" daté dimanche 23-lundi 24 mai 2010, p. 15.
[2], [3] et [4], ibidem.
[5] Le programme du Conseil National de la Résistance cité in "Les jours heureux", Paris, Editions La Découverte, 2010, p. 25.

mardi 25 mai 2010

Paysages













Paysages paisibles ou désolés.
Paysages de la route de la vie plutôt que de la surface de la Terre.
Paysages du Temps qui coule lentement, presque immobile et parfois comme en arrière.
Paysages des lambeaux, des nerfs lacérés, des "saudades".
Paysages pour couvrir les plaies, l'acier, l'éclat, le mal, l'époque, la corde au cou, la mobilisation.
Paysages pour abolir les cris.
Paysages comme on se tire un drap sur la tête.


Henri MICHAUX, Peintures (1939)

jeudi 6 mai 2010

8 mai 1945



















Le chant des amis

De ta source pure et limpide
Réveille-toi, fleuve argenté;
Porte trois mots, coursier rapide :
Amour, patrie et liberté !

Quelle voile, au vent déployée,
Trace dans l'onde un vert sillon ?
Qui t'a jusqu'à nous envoyée ?
Quel est ton nom, ton pavillon ?

- J'ai porté la céleste flamme
En tous lieux où Dieu l'a permis.
Mon pavillon, c'est l'oriflamme;
Mon nom, c'est celui des amis.

Fils des Saxons, fils de la France,
Vous souvient-il du sang versé ?
Près du soleil de l'Espérance
Voyez-vous l'ombre du passé ?"

Le Rhin n'est plus une frontière;
Amis, c'est notre grand chemin,
Et, maintenant, l'Europe entière
Sur les deux bords se tend la main.

De ta source pure et limpide
Retrempe-toi, fleuve argenté;
Redis toujours, coursier rapide !
Amour, patrie et liberté.

Alfred de MUSSET, Poésies complémentaires in Poésies complètes, Paris, Gallimard, 1957, p.483 (Bibliothèque de la Pléiade).

Desert places

Snow falling and night falling fast, oh, fast
In a field I looked into going past,
And the ground almost covered smooth in snow,
But a few weeds and stubble showing last.

The woods around it have it - it is theirs.
All animals are smothered in their lairs.
I am too absent-spirited to count;
The loneliness includes me unawares.

And lonely as it is that loneliness
Will be more lonely ere it will be less -
A blanker whiteness of benighted snow
With no expression, nothing to express.

They cannot scare me with their empty spaces
Between stars - on stars where no human race is.
I have it in me so much nearer home
To scare myself with my own desert places.


Robert FROST, Taken singly







La marée noire de Louisiane fera certainement davantage pour convaincre les sceptiques qu'il faut sauver la planète que toutes les manoeuvres politiciennes de partis qui veulent s'approprier l'écologie !

lundi 3 mai 2010

Démocratie

Ce qui nous interpelle dans l’attentat manqué de New York - au-delà des circonstances particulières, du contexte des guerres étrangères que mène l’Amérique - , c’est qu’il s’inscrit parfaitement dans l’illusoire logique, l’entreprise dévoyée, mortifère, et cependant jamais découragée, des ennemis de la démocratie.

Ainsi se trouverait – indirectement – corroborée cette analyse de Jorge Semprún :

« Le concept de totalitarisme tel que l’ont utilisé dans des contextes différents George Orwell et Hannah Arendt, Hermann Broch et Karl Jaspers, Raymond Aron, Claude Lefort et François Furet, pour ne citer que quelques noms, ne permet pas seulement d’étudier l’essence historique commune des formes extrêmes de la dictature moderne – dans le sens très précis que ce sont des réponses modernes à la crise ouverte par le développement même de la modernité capitaliste dans nos sociétés, autrement dit dans les démocraties de masse et de marché soumises à la dynamique perverse, en tout cas contradictoire, d’une révolution technologique permanente – , mais ledit concept permet également, et cela est fondamental … de délimiter les formes de la démocratie politique face à tous les autres mouvements antidémocratiques [1]. »
_________________________
[1] Jorge SEMPRUN, Une tombe au creux des nuages, Paris, Flammarion, 2010, p. 179. (C’est moi qui souligne).

dimanche 2 mai 2010



















La pensée du jour :

"Qui ne commence pas par l'amour ne saura jamais ce que c'est que la philosophie."

Platon