lundi 12 juillet 2010

Panem et circences


















Le temps est bien révolu où la religion pouvait passer pour "l'opium du peuple" ! La folie du football, drogue ô combien efficace, s'empare tous les quatre ans de foules malléables à l'envi, qu'on pousse à l'hystérie.

Ce sport des pauvres, universel, détient plus que tout autre la part du rêve. Du Caire à Sao Paulo, il symbolise l'aspiration des gosses de la rue à la reconnaissance sociale sinon à la gloire de quelques "idoles" prises pour modèles : Pelé, Maradona, Zidane ...

Mais tandis que les gosses rêvent, les puissances de l'argent sont, elles, bien éveillées !

Des richissimes clubs européens aux équipementiers (1), des magnats de la télévision privée aux agents des joueurs, princes du "mercato" (que ce mot sied bien à la chose !), tout un monde gravite autour d'un sport de part en part gangrené par l'argent et la recherche du profit.

Quand les puissantes fédérations européennes adossées à des clubs opulents disposent des ressources financières qui leur permettent d'exploiter les meilleurs joueurs du Tiers-Monde, les pays du Sud doivent se contenter du rôle de faire-valoir, ne disposant guère des moyens (centres de formation (2), infrastructure matérielle et humaine) qui leur permettraient de rivaliser à armes égales avec leurs homologues européens.

L'attrait du "beau jeu" reste pourtant l'élément décisif qui mobilise les supporters et autres "tifosi" dans les stades comme devant le poste de télévision. C'est aussi ce qui transcende un nationalisme de mauvais aloi qui mue les individus en foules bêlantes et pousse des joueurs à "durcir" le jeu jusqu'à en oublier les valeurs fondamentales du sport : fair play, respect de l'adversaire, dépassement de soi, etc.

A cet égard, la finale de cette coupe du monde fut tout à fait "exemplaire" de ce que l'on aime comme de ce que l'on exècre dans le football "moderne". Au comportement d'une équipe unie dans sa diversité, dont un joueur, Andrès Iniesta, symbolise non seulement le talent mais aussi la modération, sinon la modestie, s'opposait une horde de quasi-houligans.

Les jeux s'achèvent, qui détournaient un moment les citoyens de leurs soucis quotidiens. Reste à nos "élites" gouvernantes de trouver les voies et moyens qui permettraient de fournir à chacun le pain dont il a besoin, mais aussi de s'affranchir des puissances de l'argent qui font obstacle à l'approfondissement de la démocratie.

Celle-ci n'est possible - ici comme ailleurs - que dans le respect de la dignité de tous les hommes.
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(1) voir Gérard COUDERT, La finale des équipementiers in Le Monde daté 11-12 juillet 2010, p. 26.
(2) voir Jean-Jacques BOZONNET, "La fierté retrouvée de l'Espagne, assommée par la crise et le chômage" in Le Monde daté 13 juillet 2010, p. 26.
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