lundi 23 août 2010

Retour d'Amérique (II)



















Hier ont été rapatriées d'Irak les dernières unités de combat. L'heure du bilan a-t-elle sonné ? Je ne sais. La chute de Saddam justifiait-elle tant de souffrances ?

Ce qui peut ne sembler qu'un détail m'a cependant frappé lors de mon tout récent séjour aux USA : la quasi disparition de ces auto-collants ("stickers") frappés du "support our troops" qu'arboraient fièrement, il y a quelques années, la plupart des voitures américaines au lendemain du 11 septembre et de l'invasion de l'Irak décidée par George Bush. Sous le coup de l'émotion soulevée par l'odieux attentat perpétré contre les tours, symboles d'une Amérique heureuse et insouciante dans son cocon de bien-être, à mille lieues de soupçonner la rancoeur qui couvait dans les coeurs et les esprits de ses ennemis, la passion patriotique et nationaliste s'était enflammée. A leur habitude, les médias n'avaient pas peu fait pour l'attiser.

Après 10 ans de guerre, le principe de réalité semble l'avoir emporté : effet de la lassitude ou de la lucidité retrouvée, c'est avec soulagement que le pays accueille, avec ses troupes, l'espoir d'une fin imminente à cet inextricable conflit.

C'est l'occasion de s'interroger une nouvelle fois sur le fonctionnement de la démocratie en Amérique, tout en s'émerveillant de son extraordinaire vitalité.
Car dans cette démocratie qui reste pourtant exemplaire, tout, a priori, semble fait pour endormir le citoyen, le sevrer d'information crédible et circonstanciée sur le monde tel qu'il va, décourager l'esprit critique afin de formater des individus durs au labeur et dociles, destinés avant tout à devenir des consommateurs.

Y concourent largement l'école et la télévision, mais aussi la pression constante d'un environnement dominé par la publicité (les "hidden persuaders") et qui incite à ce que j'appellerais volontiers un "conformisme consommatoire".

Happés dans l'incessant maelström de l'innovation technologique, les jeunes sont les premières et faciles victimes de cet univers d'artefacts. Il n'est que de constater la popularité des "Apple stores" qui, à l'heure de la crise et du chômage, restent dans les "malls" [1] les seuls commerces qui ne désemplissent pas.
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[1]"malls" : centres commerciaux
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