mercredi 25 août 2010

Retour d'Amérique (IV)













• Le « melting pot »

En caricaturant un peu : l’observateur superficiel ou le voyageur pressé pourrait bien se dire que l’Amérique n’est plus anglo-saxonne.

La langue espagnole, désormais seconde langue du pays, est en voie de s’imposer à la faveur d’un flux migratoire devenu indispensable au bon fonctionnement de l’économie américaine.

Le communautarisme dont l’Amérique s’enorgueillit depuis l’époque où elle devait son peuplement à l’émigration d’origine européenne (qu’on songe au poème d’Emma Lazarus gravé sur le socle de la statue de la Liberté) constitue aujourd’hui un défi à la politique du « melting pot ».
L’idéal dont témoignent les vers inspirés de la poétesse vantant la terre d’accueil de tous les réprouvés de la planète s’est mué en un réalisme rendu plus terre à terre à mesure que les considérations et intérêts économiques prenaient le pas sur le messianisme proclamé.
On peut craindre désormais que ce réalisme communautariste ne finisse par l’emporter, n’en déplaise aux nostalgiques adeptes du « Tea Party » et autres conservateurs.

Va-t-on vers une Amérique à deux vitesses et à double peuplement ?

Dans nombre d’Etats de l’Union, deux populations vivent déjà côte à côte, sans toutefois s’ignorer, dépendantes qu’elles sont l’une de l’autre. Pour faire simple : la majorité anglophone, économiquement dominante et principalement d’origine européenne, ne saurait se passer des services de la minorité, en partie composée d’immigrants illégaux venus d’Amérique centrale (principalement du Mexique) et du sous-continent latino-américain.

On le sait, les facteurs démographiques pourraient bien peser plus que toute autre détermination sur l’avenir de la planète, la démographie s’imposant comme l’une des branches maîtresses de la science politique, à l’égal de la géostratégie.

Les Etats-Unis n’échappant pas à cette évolution, on peut voir là le principal défi lancé au système éducatif américain aujourd’hui confronté (comme d’ailleurs le nôtre) au problème de l’assimilation d’une population exogène dont les « valeurs » (langue, coutumes, religion) sont différentes de celles des pères fondateurs (« The Pilgrim Fathers »).

Quelle que soit la grille de lecture adoptée (prévalence des infrastructures économiques ou, à l’inverse, primauté des superstructures «culturelles »), on voit mal comment les USA pourraient faire l’économie d’une révision déchirante. C’est, du moins, ce que commande l’appréhension lucide des nouvelles réalités internes comme aussi l’appréciation réaliste de l’évolution récente des équilibres mondiaux, démographiques et économiques.
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