jeudi 26 août 2010

Retour d’Amérique (V)



















Etonnante Amérique dont la puissance militaire et l’influence culturelle se déploient, à peine contestées, sur les cinq continents mais qui, à l’intérieur de ses frontières protégées, reste, dans ses profondeurs, de toutes les sociétés occidentales, sans doute la plus repliée sur elle-même, la moins concernée par le destin du reste du monde.

Amérique en apparence auto-suffisante (mais tout – ou presque - ce qui se vend ici est estampillé « made in China » !) et si peu consciente de son possible déclin ! Qui lui rappellera le mot de Valéry : « Nous autres civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles » ?

Je m’interroge – comme l’ont fait avant moi nombre d’amoureux de l’Amérique – sur cette relation très particulière, d’amour et de désamour, que les Français entretiennent avec ce pays.

Je vois l’origine de ces sentiments mitigés, ambivalents, dans l’attitude souvent exaspérante, faite d’ignorance, d’un sentiment de supériorité, empreinte souvent de condescendance et, pour ce qui concerne au moins la frange éduquée de l’establishment, parfois teintée de jalousie à l’égard d’une intelligenzia française dont on envie l’influence et le prestige qu’elle conserve (pour combien de temps encore ?) sur les campus universitaires (voir la vogue des Derrida, Deleuze, Baudrillard, Kristeva, Lyotard, Ricoeur, Bourdieu, Serre, etc.).

De son côté, l’ambivalence française vis-à-vis des USA pourrait, à mon sens, être imputable à une non moins grande ignorance des Français de la réalité américaine, dont la production cinématographique et télévisuelle ne restitue qu’une image partielle et quelque peu déformée.
Il est possible, d’autre part, que l’américanolâtrie d’une large fraction de la classe dirigeante française, tant politique qu’économique et médiatique, n’y soit pas étrangère. On peut penser qu’une certaine méconnaissance de la langue, de la mentalité et de l’histoire des Etats-Unis ainsi que la fascination qu’exercent la puissance et la vitalité de ce pays-continent sur le visiteur de la « vieille Europe » contribuent largement à expliquer le phénomène.
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