dimanche 29 août 2010

Retour d’Amérique (VI)



















Travailler, manger, acheter (variante de notre «métro, boulot, dodo») : tel semble être le triptyque régissant la vie américaine. On peut y ajouter le souci du confort ainsi que la télévision, véhicule autant que témoin de cette idéologie matérialiste et de sa mise en pratique.

Paradoxalement, l’éthique du travail (« work ethics »), héritée du calvinisme (et qui fit en son temps la fortune de la « bourgeoisie conquérante » européenne), relayée par les empiristes et les théoriciens de l’économie, reste la forme la plus subtile - mais non la moins efficace - du « divertissement ».

Alors que le communisme maintenait son emprise sur la population en gérant la pénurie, le libéralisme à l’américaine le fait, à l’inverse, en faisant miroiter puis en réalisant l’abondance. C’est sans doute ce modèle que notre président avait en tête lorsqu’il lança son fameux slogan de campagne « Travailler plus pour gagner plus », avant que la crise ne vînt contrarier son projet. Enfermé dans le cercle vicieux (à l’américaine !) du « travailler plus pour consommer davantage » le bon peuple se fût peut-être montré moins regardant qu'aujourd'hui sur les privilèges de la classe dirigeante et sur ses prébendes…

Mais on ne peut retenir d’un bref séjour outre atlantique, dans ce pays de tous les excès, une image seulement négative. Le sentiment qui, finalement, l’emporte est celui d’une véritable et incontestable liberté.

Non seulement l’espace y paraît sans limites, mais les comportements, les goûts, les manières de se vêtir ou de se distraire, les opinions comme les croyances les plus divers : tout y est permis, accepté, respecté pour peu que l’on se garde d’empiéter sur la liberté de son voisin et de heurter la bienséance.

Même sanglée dans son conformisme puritain, la société américaine tolère toutes les extravagances et se montre respectueuse des individus comme des communautés et des Etats. (Quitte à en payer chèrement le prix, comme lors de ces fréquentes et imprévisibles explosions de violence qui font d’innocentes victimes parce qu'un déséquilibré a pu se procurer librement des armes en vertu d’un sacro-saint Amendement à la Constitution !)

Car la Constitution (contrairement, semble-t-il, à nos habitudes françaises…) est considérée ici, à l'instar de la Bible, comme un texte intangible et sacré. Les deux références trouvant leur apothéose tous les quatre ans lors de la cérémonie de l’ « inauguration » (prestation de serment) du Président, le 20 janvier.
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