dimanche 19 septembre 2010

La vérité cherche à se dire














"Parler n'est pas parler à l'autre. Parler, c'est d'abord se parler à soi, pour tout sujet. C'est se parler, face à cet autre qui fait office de garde-fou. Comme si sa présence non seulement cautionne le déroulement du propos au plus près de la vérité qui se cherche, mais viendrait, comme dans un préalable, faire obstacle à la complaisance que chacun se trouve avoir à son propre endroit. Parler, c'est cela, mais c'est aussi un mouvement irrépressible originé dans une maturation, secrète, enfouie, inaccessible de la problématique qui s'expose et qui aurait enfin atteint une limite, une véritable "ligne de bascule". Au point que cette ligne dessinée, entraperçue, vaguement définie imposerait d'être montrée à l'interlocuteur, de le prendre à témoin, pour être enfin entérinée, visible, et délivrer le message qu'à bas bruit elle s'est évertuée à composer. C'est la raison pour laquelle l'interlocuteur ne peut qu'être tenu au respect infini des formulations, faire son propre deuil des trous qui parsèment le récit en renonçant à en saisir une explication linéaire, unidirectionnelle et rassurante, narrable en quelque sorte."

Aldo NAOURI, Une place pour le père, Paris, Seuil, 1985, p. 63, Collection "Points".

vendredi 17 septembre 2010

La Vérité
















"La connaissance veut la vérité, et la vérité est unique et embrasse tout. Elle signifie que ce qui est apparaît à l'esprit à la clarté des données éternelles. Mais, pour en arriver là, l'esprit doit entrer en relation avec les différents domaines de l'être, selon leurs exigences spécifiques. Pour que j'accède à la connaissance de la vérité du vivant, je dois l'affronter dans une attitude d'esprit différente de celle qui convient aux choses inanimées. Si je veux saisir la vérité de l'esprit, je dois prendre une autre perspective que s'il s'agit de la vérité de la machine. La vérité ne resplendit que lorsque l'homme fait face à la réalité, à chaque fois selon l'exigence de cette réalité elle-même. Plus le réel est d'ordre élevé, plus se fait grande la revendication qu'il adresse à l'esprit qui l'appréhende, mais plus grande aussi est la tentation d'atténuer cette revendication en la ramenant au niveau des choses plus basses, pour se rendre ainsi plus aisée la tâche de l'esprit. C'est ainsi qu'il est fort séduisant de penser chimiquement ce qui est vivant ou de penser biologiquement l'esprit, car on ménage sa peine et l'on acquiert une apparence de rigueur scientifique; en vérité, on a péché par paresse d'esprit, on a fait violence à la conscience du savoir et perdu l'essentiel de l'objet. Cela vaut déjà à l'intérieur de toute pensée d'ordre naturel et de son objet, l'univers."

Romano GUARDINI, Les fins dernières, trad. fçse, Paris, Les éditions du Cerf, 1951, pp. 80-81.

dimanche 12 septembre 2010

La pensée du jour :

"La multiplication des moyens de communication, c'est aussi la multiplication de la médiocrité."

Patrick BESSON in "Le Monde" daté du Samedi 11 septembre 2010, p. 21.

samedi 11 septembre 2010

"Sur le sable, sur la neige, j'écris ton nom..."















Not like the brazen giant of Greek fame,
With conquering limbs astride from land to land;
Here at our sea-washed, sunset gates shall stand
A mighty woman with a torch, whose flame
Is the imprisoned lightning, and her name
Mother of Exiles. From her beacon-hand
Glows world-wide welcome; her mild eyes command
The air-bridged harbor that twin cities frame.
"Keep ancient lands, your storied pomp!" cries she
With silent lips. "Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore.
Send these, the homeless, tempest-tost to me,
I lift my lamp beside the golden door!"


Emma LAZARUS, The New Colossus, 1883

mardi 7 septembre 2010

La pensée du jour :

"L'époque qui a succédé au déclin du Moyen-Age paraît se définir par cette scission qui s'est faite dans la pensée de l'homme, d'une part entre la matière nue, d'autre part entre l'esprit pur, mais prise dans le sens de la raison. Cette tension provoqua quelque chose de considérable. Science et technique modernes en dérivent. Mais aussi, dans une large mesure, la perte de tout ce qui s'appelle image et symbole, à la fois corporalité vivante et imprégnée d'âme, et spiritualité incarnée et accessible au regard. Oui, l'homme a été à sa perte, l'homme et avec lui la chose. Devant l'efficacité des réussites humaines, tout cela a longtemps passé inaperçu; peu à peu, on en reprend conscience. Nous en vivons les conséquences, et tout ce qui fut perdu annonce à nouveau sa venue, ne fût-ce pour le moment que sous forme de détresse et de nostalgie."

Romano GUARDINI, Les fins dernières, Paris, Les éditions du Cerf, 1951, pp. 104-105.