dimanche 19 septembre 2010

La vérité cherche à se dire














"Parler n'est pas parler à l'autre. Parler, c'est d'abord se parler à soi, pour tout sujet. C'est se parler, face à cet autre qui fait office de garde-fou. Comme si sa présence non seulement cautionne le déroulement du propos au plus près de la vérité qui se cherche, mais viendrait, comme dans un préalable, faire obstacle à la complaisance que chacun se trouve avoir à son propre endroit. Parler, c'est cela, mais c'est aussi un mouvement irrépressible originé dans une maturation, secrète, enfouie, inaccessible de la problématique qui s'expose et qui aurait enfin atteint une limite, une véritable "ligne de bascule". Au point que cette ligne dessinée, entraperçue, vaguement définie imposerait d'être montrée à l'interlocuteur, de le prendre à témoin, pour être enfin entérinée, visible, et délivrer le message qu'à bas bruit elle s'est évertuée à composer. C'est la raison pour laquelle l'interlocuteur ne peut qu'être tenu au respect infini des formulations, faire son propre deuil des trous qui parsèment le récit en renonçant à en saisir une explication linéaire, unidirectionnelle et rassurante, narrable en quelque sorte."

Aldo NAOURI, Une place pour le père, Paris, Seuil, 1985, p. 63, Collection "Points".
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