dimanche 21 novembre 2010

La vie




















Homoparentalité, mères porteuses, fécondation post mortem, etc. Les nouvelles "libertés" qu'accorderait le législateur resteraient-elles sans conséquences pour l'enfant ?

"Le biologique qui aura été dénié dans ce qu'il impose exigera, tôt ou tard, d'en rendre compte. L'enfant et ses parents devant constituer trois termes distincts et ordonnés, tout ce qui pervertit cet ordre créera, à plus ou moins long terme, des perturbations certaines [1]."

Une question...
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[1] Aldo NAOURI, Une place pour le père, Paris, Seuil, 1985, p. 86-87. Collect. "Points".

jeudi 18 novembre 2010

Du remaniement à Haïti














Après le déluge de commentaires, plus ou moins objectifs et mesurés (il est de bon ton, dans les médias, de crier haro - quoi qu'il fasse ou dise - sur le Président de la République, et qui s’en abstient passe inévitablement pour un «godillot» !), il n’est pas inutile de rappeler, comme le fait dans sa chronique un journaliste du « Monde », certains chiffres dont le rapprochement est particulièrement éloquent (le coût du récent déplacement d’Obama et de sa suite en Asie : « 200 millions de dollars par jour » - au regard des sommes nécessaires à l’OMS pour combattre l’épidémie de choléra en Haïti : «163,9 millions de dollars»). Et le même journaliste d’en conclure, fort justement, qu’il est moins «perturbant» d’évoquer le dernier remaniement gouvernemental que ces tristes réalités.

De fait, concurremment aux fleuves d’encre que font couler les états d’âme de tel ministre évincé ou les réponses du Président aux questions délibérément personnelles que lui posent des journalistes plus intéressés par l’aspect « people » que par l’information politique (quid de la guerre en Afghanistan ? de l’avenir de notre système éducatif ?), on peut suivre dans la presse quelques pieuses envolées journalistiques sur la nécessité de venir en aide au peuple haïtien.


N’en déplaise à notre chroniqueur (dont on ne soupçonne ni la générosité ni la bonne foi), nous sommes tous, autant que nous sommes, victimes du même accablant sentiment d’impuissance devant l’injustice qui s’étale sous nos yeux.


Mais comment éviter, par exemple, le paradoxe consistant, pour le même journal dont la ligne éditoriale se voudrait fidèle à l’idéal de son fondateur, Hubert Beuve-Méry, et aux exigences de la justice et de la vérité (cf. le programme du CNR, à la Libération) à adjoindre régulièrement à sa livraison quotidienne des « suppléments » vantant les objets de convoitise (montres, bijoux, vêtements et gadgets en tous genres) les plus luxueux et les plus onéreux qu’offre le « marché » - inabordables, donc, pour l’immense majorité des gens... ?


On m’objectera sans doute qu’ « il faut bien vivre » et qu’un journal ne peut exister aujourd’hui sans la publicité (à moins de trouver de nouveaux « mécènes » qui seraient totalement désintéressés…).


Existe-t-il un moyen d’échapper à cette «conscience malheureuse» ? Est-il besoin d’espérer pour entreprendre ?


Entendons la voix d’Albert Camus – l’éditorialiste de «Combat» autant que le romancier de « La Peste » - qui prêtait à l’un de ses personnages, le journaliste Rambert, ces paroles décisives : « Il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul [1] ».


Dans ses « Lettres à un ami allemand », l’écrivain a ce cri de protestation :


« Vous n’avez jamais cru au sens de ce monde et vous en avez tiré l’idée que tout était équivalent et que le bien et le mal se définissaient selon qu’on le voulait. Vous avez supposé qu’en l’absence de toute morale humaine ou divine les seules valeurs étaient celles qui régissaient le monde animal, c’est-à-dire la violence et la ruse. (…) Et à la vérité, moi qui croyais penser comme vous, je ne voyais guère d’argument à vous opposer, sinon un goût violent de la justice qui, pour finir, me paraissait aussi peu raisonné que la plus soudaine des passions.

Où était la différence ? C’est que vous acceptiez légèrement de désespérer et que je n’y ai jamais consenti. C’est que vous admettiez assez l’injustice de notre condition pour vous résoudre à y ajouter, tandis qu’il m’apparaissait au contraire que l’homme devait affirmer la justice pour lutter contre l’injustice éternelle, créer du bonheur pour protester contre l’univers du malheur [2]. »


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[1] Albert CAMUS, La Peste, in Œuvres complètes, vol. II, Paris, Gallimard, 2006, p. 178. Col. « Bibliothèque de la Pléiade ».

[2] Albert CAMUS, Lettres à un ami allemand, ibid., p. 26.

mardi 16 novembre 2010

L'Europe, l'Europe, l'Europe... ?




















Une phrase me paraît résumer parfaitement le défi auquel sont aujourd'hui confrontés les gouvernements de l'Europe (et au premier chef notre Président de la République et son gouvernement, qui se réclament tous deux du volontarisme gaulliste...) ; je l'emprunte à Benny Lévy [1] : "Est-ce que l'Europe peut être autre chose qu'un sous-ensemble du marché mondial ?"

Face aux périls qui menacent notre société (et il ne s'agit pas seulement de notre bien-être matériel !) nos gouvernements auront-ils la lucidité et le courage de se porter aux avant-postes, aux côtés de la Grèce, du Portugal et de l'Irlande - trois pays, trois nations auxquels notre « maison commune » doit tant (de la philosophie à la démocratie, des grands explorateurs de la planète à la musique et à la poésie) ? Ou bien l’égoïsme national et le repli sur soi l’emporteront-ils sur le devoir de solidarité ?

Il en va de notre crédibilité contre le cynisme des « marchés », bien sûr, mais plus encore de nos valeurs !

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[1] Alain FINKIELKRAUT, Benny LEVY, Le Livre et les livres, Paris, Verdier, 2006, p. 57.


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Nouveau gouvernement, nouvelle politique ?

"Un gouvernement n'est qu'un instrument, l'instrument d'une politique dont l'inspiration appartient au chef de l'Etat. C'est à la lumière de cette définition - qui rend compte de la réalité politique dans le régime présidentiel - qu'il convient d'apprécier la portée du remaniement ministériel. On doit, de ce point de vue, distinguer deux sortes de remaniements : les uns ayant un caractère technique, ont pour but de modifier la structure ou la composition du ministère, en vue de lui donner plus d'efficacité dans la poursuite d'une politique inchangée; les autres, ayant une siginification politique, ont pour fin d'adapter le gouvernement à un changement de la politique présidentielle."

René CAPITANT, 14 janvier 1966 in Ecrits politiques,Flammarion, 1971, p. 314.



dimanche 14 novembre 2010

Black Rook in Rainy Weather


















On the stiff twig up there
Hunches a wet black rook
Arranging and rearranging its feathers in the rain-
I do not expect a miracle
Or an accident

To set the sight on fire
In my eye, nor seek
Any more in the desultory weather some design,
But let spotted leaves fall as they fall
Without ceremony, or portent.

Although, I admit, I desire,
Occasionally, some backtalk
From the mute sky, I can't honestly complain:
A certain minor light may still
Lean incandescent

Out of kitchen table or chair
As if a celestial burning took
Possession of the most obtuse objects now and then --
Thus hallowing an interval
Otherwise inconsequent

By bestowing largesse, honor
One might say love. At any rate, I now walk
Wary (for it could happen
Even in this dull, ruinous landscape); sceptical
Yet politic, ignorant

Of whatever angel any choose to flare
Suddenly at my elbow. I only know that a rook
Ordering its black feathers can so shine
As to seize my senses, haul
My eyelids up, and grant

A brief respite from fear
Of total neutrality. With luck,
Trekking stubborn through this season
Of fatigue, I shall
Patch together a content

Of sorts. Miracles occur.
If you care to call those spasmodic
Tricks of radiance
Miracles. The wait's begun again,
The long wait for the angel,
For that rare, random descent.


Sylvia PLATH

jeudi 11 novembre 2010

Armistice du 11 Novembre 1918

















I HAVE A RENDEZ-VOUS WITH DEATH...

I have a rendez-vous with Death
At some disputed barricade,
When Spring comes back with rustling shade
And apple-blossoms fill the air -
I have a rendez-vous with Death
When Spring brings back blue days and fair
It may be he shall take my hand
And lead me into his dark land
And closes my eyes and quench my breath -
It may be I shall pass him still.
I have a rendez-vous with Death
On some scarred slope of battered hill,
When Spring comes round again this year
And the first meadow-flowers appear.

God knows't were better to be deep
Pillowed in silk and scented down,
Where Love throbs out in blissful sleep,
Pulse high to pulse, and breath to breath,
Where hushed awakenings are dear...
But I have a rendez-vous with Death
At midnight in some flaming town.
When Spring trips north again this year,
And I to my pledged word am true,
I shall not fail that rendez-vous.

Alan SEEGER, Poètes casqués 1940 [1]


J'ai un rendez-vous avec la Mort à quelque barricade disputée, quand le Printemps reviendra avec son ombre bruissante et que les fleurs de pommier voltigeront dans l'air ! J'ai un rendez-vous avec la Mort quand le Printemps ramènera les beaux jours azurés!

Il se peut qu'elle prenne ma main et me conduise vers son ténébreux domaine, qu'elle close mes yeux et arrête mon souffle...il se peut que je passe encore auprès d'elle. J'ai un rendez-vous avec la Mort sur le versant déchiqueté de quelque colline délabrée, quand le Printemps reviendra faire son tour cette année et qu'apparaîtront les premières fleurs des prés !

Dieu sait qu'il serait meilleur d'être étendu au creux des coussins, dans la soie et le duvet parfumé, où l'amour palpite en un bienheureux sommeil, pouls contre pouls, souffle contre souffle, où les réveils silencieux sont chers...Mais j'ai un rendez-vous avec la Mort, à minuit, dans quelque ville en flammes, quand le Printemps repartira vers le Nord, cette année, et je suis fidèle à la parole donnée : je ne manquerai pas à ce rendez-vous !
[2]"
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[1] Poète américain, engagé volontaire dans la Légion étrangère française au cours de la première guerre mondiale, mort pour la France en 1916.
Ce poème figure dans le recueil de Pierre SEGHERS La Résistance et ses poètes (France 1940/1945), Paris, Seghers, 1974, p. 42.

[2] Traduction d'Odette Raimondi-Matheron, Paris, Payot.

mardi 9 novembre 2010

9 Novembre 1970-9 Novembre 2010


















"Nous autres, vieux gaullistes, nous savons bien que, depuis le 18 juin, de Gaulle s'est toujours mis au service d'une politique inspirée par l'idée qu'il se faisait de la France, mais indépendante de sa propre personne. Jamais notre adhésion n'a pris la forme d'une allégeance personnelle, ni d'une confiance aveugle. Toujours nous l'avons suivi les yeux ouverts, lui donnant raison parce qu'il avait raison, approuvant à travers lui les principes d'une politique, comprenant mieux chaque jour que celle-ci plongeait ses racines dans la tradition républicaine de notre pays et qu'un grand élan d'humanisme l'ouvrait sur le monde de demain.
Ces vérités qui nous sont familières, commencent à pénétrer la conscience du pays tout entier, et spécialement celle des jeunes."


René CAPITANT, Ecrits politiques, Paris, Flammarion, 1971, p. 200.

lundi 8 novembre 2010

La pensée du jour :

"Des lendemains orageux peuvent se lever à l'horizon, qui rendraient nécessaire qu'un homme ayant vraiment la confiance du peuple fût à la tête de l'Etat. André Malraux a reproduit, dans "Les chênes qu'on abat", ce propos assez extraordinaire tenu par de Gaulle : "Le référendum vrai n'était pas sur les régions, ni sur le Sénat, il était sur la participation, et je me suis trouvé en face de l'ennemi vrai que j'ai eu pendant toute ma vie, qui n'est ni à droite, ni à gauche et qui est l'argent."
Or, l'argent continue aujourd'hui, en se masquant à peine, à faire la loi dans les coulisses du pouvoir."

(...)

"Les objectifs politiques des successeurs du gaullisme sont pratiquement ceux du capitalisme français, grand et petit, avec toutes les contradictions, voire les incohérences, que sa situation peut impliquer."

Louis VALLON
, De Gaulle et la démocratie, Paris, La Table Ronde, 1972, p. 165 et p. 86-87.

dimanche 7 novembre 2010


















"Evoquer le courage et la peur, c'est évidemment se trouver sous la menace. Et qu'est-ce que la menace surprême pour l'homme ? Est-ce seulement de mourir ? Ou n'est-ce pas de mourir sans avoir pris le risque de vivre en homme, c'est-à-dire sans avoir été introduit dans la problématique du désir qui le fonde comme sujet parlant ? N'est-ce pas de vivre sans s'être risqué - ou avoir été risqué - dans la parole au milieu des pulsions qui l'agissent et le sollicitent de tous côtés ? Le risque ultime de l'homme est le risque pris, au milieu des signifiants pulsionnels auxquels il est subordonné, de s'en remettre à la parole de l'Autre en tant qu'il est le lieu de la promesse. Là où il y a promesse, il y a attente d'un devenir. Là où il y a promesse, il y a danger et menace de ne pas voir se réaliser la promesse.
Toute parole de promesse
fiance l'homme à celui qui la tient. Ces fiançailles font dépendre le Sujet, dans son devenir, de la parole de l'Autre. Elles engendrent la confiance dans la mesure où la parole tient ses promesses ou, au contraire, la méfiance dans la mesure où elle ne les tient pas. Elles sont le temps de l'épreuve. Tout nouveau-né se trouve fiancé par la parole qui l'a engendré à l'Être du langage, à l'Autre. Convoqué au rendez-vous des pulsions, là où il a soif dans son corps et où il se désaltère, là où se trouvent satisfaites les pulsions de la vie, il y rencontre la parole qui l'altère, qui le marque du signifiant de l'Autre. Ses satisfactions sont subordonnées à la présence et au désir de l'Autre dont il garde au coeur la blessure et la trace. A travers tout ce qui le comble, il éprouve ce qui lui manque non dans l'ordre de la possession, mais dans l'ordre de l'être. Dans les meilleurs cas, ce n'est pas d'un manque à avoir qu'il souffre, c'est d'un manque à être qui avive le désir de l'Autre et, du même coup, en est le signifiant."

Denis VASSE, L'arbre de la voix, Paris, Bayard, 2010, p. 103-104.

lundi 1 novembre 2010

En la fête de tous les saints


















Dios

Siento a Dios que camina
tan en mí, con la tarde y con el mar.
Con él nos vamos juntos. Anochece.
Con él anochecemos. Orfandad…

Pero yo siento a Dios. Y hasta parece
que él me dicta no sé qué buen color.
Como un hospitalario, es bueno y triste ;
mustia un dulce desdén de enamorado :
debe dolerle mucho el corazón.

Cesar VALLEJO, Los heraldos negros (1918)
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Dieu

Je sens Dieu cheminer
tellement en moi, avec le soir et avec la mer.
Nous marchons côte à côte. La nuit tombe.
Ensemble nous nous obscurcissons. Orphelinage...

Mais moi je sens Dieu. Et même il me semble
qu'il me dicte je ne sais quelle bonne couleur.
Hospitalier, il est bon et triste;
se flétrit le doux dédain d'un amoureux :
son coeur doit déborder de souffrance.


César VALLEJO, "Dieu", Les Hérauts Noirs, in Poésie complète, Paris, Flammarion, 1983, p. 103.