dimanche 7 novembre 2010


















"Evoquer le courage et la peur, c'est évidemment se trouver sous la menace. Et qu'est-ce que la menace surprême pour l'homme ? Est-ce seulement de mourir ? Ou n'est-ce pas de mourir sans avoir pris le risque de vivre en homme, c'est-à-dire sans avoir été introduit dans la problématique du désir qui le fonde comme sujet parlant ? N'est-ce pas de vivre sans s'être risqué - ou avoir été risqué - dans la parole au milieu des pulsions qui l'agissent et le sollicitent de tous côtés ? Le risque ultime de l'homme est le risque pris, au milieu des signifiants pulsionnels auxquels il est subordonné, de s'en remettre à la parole de l'Autre en tant qu'il est le lieu de la promesse. Là où il y a promesse, il y a attente d'un devenir. Là où il y a promesse, il y a danger et menace de ne pas voir se réaliser la promesse.
Toute parole de promesse
fiance l'homme à celui qui la tient. Ces fiançailles font dépendre le Sujet, dans son devenir, de la parole de l'Autre. Elles engendrent la confiance dans la mesure où la parole tient ses promesses ou, au contraire, la méfiance dans la mesure où elle ne les tient pas. Elles sont le temps de l'épreuve. Tout nouveau-né se trouve fiancé par la parole qui l'a engendré à l'Être du langage, à l'Autre. Convoqué au rendez-vous des pulsions, là où il a soif dans son corps et où il se désaltère, là où se trouvent satisfaites les pulsions de la vie, il y rencontre la parole qui l'altère, qui le marque du signifiant de l'Autre. Ses satisfactions sont subordonnées à la présence et au désir de l'Autre dont il garde au coeur la blessure et la trace. A travers tout ce qui le comble, il éprouve ce qui lui manque non dans l'ordre de la possession, mais dans l'ordre de l'être. Dans les meilleurs cas, ce n'est pas d'un manque à avoir qu'il souffre, c'est d'un manque à être qui avive le désir de l'Autre et, du même coup, en est le signifiant."

Denis VASSE, L'arbre de la voix, Paris, Bayard, 2010, p. 103-104.
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