vendredi 31 décembre 2010

Quelques fleurs














Quelques fleurs fraîches, encor roses,

Mais un peu pâlies par l'hiver,

Quelques blancs oeillets, quelques roses,
Un chrysanthème blond et fier,

Quelques violettes qu'arrose
La perle des rosées d'hier,

Bouquet triste, c'est peu de chose,

Mais un bouquet est toujours cher.

Car si dans la feuille qui tombe
Le vague parfum qui s'enfuit
Et le pétale qui pâlit,


Et dans la rose qui succombe,
On a vu tout s'évanouir

Tout a murmuré : "Souvenir."


Jules SUPERVIELLE, Brumes du passé in Oeuvres poétiques complètes, Paris, Gallimard, 1996, p. 5. Coll. "Bibliothèque de la Pléiade".

mercredi 29 décembre 2010

Démocratie

















"Les impasses de notre modèle de développement ne sont que les symptômes les plus évidents d'une déraison de la raison moderne, d'une pathologie collective développée au coeur même de notre civilisation et qui semble conduire celle-ci à s'autodétruire.
(...)
Comme l'avait très tôt compris Gramsci, dans une société moderne, la domination brute d'une classe minoritaire est impossible sans hégémonie culturelle, c'est-à-dire sans la colonisation des esprits par des représentations collectives qui étayent le pouvoir d'une minorité et l'asservissement du plus grand nombre.
(...)

Tandis que le sens commun dans les démocraties a toujours considéré une redistribution minimale des plus riches vers les moins riches comme une fonction essentielle de l'Etat, depuis trente ans, la tendance des finances publiques est de mettre les pauvres à contribution pour améliorer la fortune des riches.

(...)
Le défi contemporain des démocraties n'est donc certainement pas de remettre l'économie sous le contrôle du politique, vu qu'elle ne l'a jamais autant été, et rarement au service d'un projet aussi antidémocratique. Le seul vrai défi est de remettre les Etats sous le contrôle effectif des citoyens et au service du bien commun."

Jacques GENEREUX, La Grande Régression, Paris, Seuil, 2010, p. 41, 46, 78.

samedi 25 décembre 2010

Prière pour la Paix














Seigneur, fais de moi un instrument de Ta paix.
Là où est la haine, que je mette l’amour.
Là où est l’offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde que je mette l’union.
Là où est l’erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir que je mette l’espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette Ta lumière.
Là où est la tristesse, que je mette Ta joie.

Ô Seigneur, fais que je ne cherche pas tant
à être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre,
à être aimé qu’à aimer.
Car c’est en se donnant que l’on reçoit,
c’est en s’oubliant à soi-même que l’on trouve,
c’est en pardonnant que l’on obtient le pardon,
et c’est en mourant que l’on ressuscite à l’éternelle vie.

Saint François d'Assise
(1181-1226)

***

Prayer of Peace

Lord, make me an instrument of Thy peace;
Where there is hatred, let me sow love;
Where there is injury, pardon;
Where there is doubt, faith;
Where there is despair, hope;
Where there is darkness, light;
Where there is sadness, joy.

O Divine Master,
Grant that I may not so much seek
to be consoled as to console;
to be understood as to understand;
to be loved as to love.

For it is in giving that we receive;
It is in pardoning that we are pardoned;
and it is in dying that we are born to eternal life.

Saint Francis of Assisi
(1181-1226)

vendredi 24 décembre 2010

Hodie puer natus est



















Sleep, sleep, beauty bright,
Dreaming in the joys of night;
Sleep, sleep; in thy sleep
Little sorrows sit and weep.

Sweet babe, in thy face
Soft desires I can trace,
Secret joys and secret smiles,
Little pretty infant wiles.

As thy softest limbs I feel,
Smiles as of the morning steal
O'er thy cheek, and o'er thy breast,
Where thy little heart does rest.

O the cunning wiles that creep
In thy little heart asleep!
When thy little heart does wake,
Then the dreadful light shall break

From thy cheek and from thy eye,
O'er the youthful harvests nigh.
Infant wiles and infant smiles
Heaven and Earth of peace beguiles.


William BLAKE (1757-1827), Blake: The Complete Poems
(Edited by W. H. Stevenson), Longman, London, 1989, pp. 138, 148

jeudi 23 décembre 2010

Fleurs



















"J'aime toujours plus les fleurs.
Elles me parlent de l'éphémère de la vie
et me mettent face à face
avec l'éternité."

Dom Elder CAMARA, Mille raisons pour vivre, Paris, Seuil, 1980, p. 56 (11 juillet 1956).

mercredi 22 décembre 2010

Le temps est proche...













"Le monde condamné, c'est le monde de l'argent, c'est-à-dire un monde contre nature.- Il y a un monde naturel qui a été le berceau charnel du Christ, "L'insertion (réciproque) du temporel dans l'éternel, du charnel dans le spirituel, de la nature dans la grâce, et l'articulation centrale du mystère de la destination de l'homme (1)."

"Car le surnaturel est lui-même charnel
Et l'arbre de la grâce est raciné profond
Et plonge dans le sol, et cherche jusqu'au fond
Et l'arbre de la race est lui-même éternel (2)."

Pierre TEILHARD de CHARDIN, Journal 26 août 1915-4 janvier 1919, Paris, Fayard, 1975, p. 174.
_________________
(1) Un compagnon de Péguy, Joseph Lotte (1875-1914) pages choisies par Pierre Pacary, Paris, J.Gabalda, 1917, p. 321.
(2) Charles PEGUY

lundi 13 décembre 2010

Espoirs, illusions...

La pensée du jour :

"... le gouvernement des hommes est devenu l'empire du simulacre, qui vise à convoquer chaque jour les fantômes d'une socialité perdue"

(...)
"La foi dans le changement attisée par d'habiles communicants ne s'accommode pas facilement du statu quo imposé par les pouvoirs établis et les puissances d'argent."

Christian SALMON, L'aura perdue d'Obama, in "Le Monde" daté Dimanche 5-Lundi 6 décembre 2010.

vendredi 10 décembre 2010

Plutôt Péguy...















"... le pouvoir ou l'ombre du pouvoir finit toujours par instituer une écriture axiologique, où le trajet qui sépare ordinairement le fait de la valeur, est supprimé dans l'espace même du mot, donné à la fois comme description et comme jugement [1]."

***

Dans mon "panthéon" personnel, l'insupportable Professeur Duhamel a rejoint l'inénarrable Arlette Chabot. Décidément, nos journalistes politiques n'auront jamais ni l'art ni la manière - encore moins l'humour... - de leurs homologues anglo-saxons !
Arrogants et imbus de leur personne (inévitable rançon de leur notoriété médiatique ?), ils n'ont de cesse de caresser l'opinion dans le sens du poil, au risque de lasser par leurs poncifs mille fois répétés, leur rabachage d'opinions communes, leur patente mauvaise foi.
Calquant désormais leur discours simpliste sur celui de politiciens démagogues (qu'il est loin le temps des Mendès France et des Rocard !), ils en viennent à mépriser le public qu'ils ont pour mission d'éclairer.

Car c'est bien dans les médias dits "grand public", à quelques exceptions près [2], que règne la pensée unique, un conformisme plat, une soumission servile à des modes et à des coteries - au fond et toujours (malgré la très pratique et très abusive disqualification dont souffrent ses idées depuis l'échec du "socialisme réel") à ce que Marx dénonça jadis sous le nom d'"idéologie dominante" au service d'intérêts de classe.
On se donne à peu de frais bonne conscience en ralliant la meute. Or qui ne sait aujourd'hui que le roi est nu ?

Faut-il que l'ignorance (ou l'oubli ?) soit à son comble pour que l'on en revienne à cette forme de discours stalinien dont Roland Barthes [3] démonta naguère les ressorts, et qui consiste à "exécuter" l'adversaire politique en usant d'un vocabulaire tautologique et normatif ("axiologique", disait Barthes) plutôt qu'à démontrer en quoi et pourquoi il est dans l'erreur [4].

Les gaullistes n'ont jamais souscrit aux idées du Front National : ils les ont toujours combattues. A visage découvert.
Les démagogues de tout poil (qu'ils soient de gauche ou de droite), aux arrière-pensées électoralistes, ne font que l'instrumentaliser.
__________________

[1] Roland BARTHES, Ecritures politiques, in Le degré zéro de l'écriture, Paris, Seuil, 1953 et 1964. Texte repris par les Editions Gonthier, bibliothèque Médiations, p. 22.
[2] On peut citer, par exemple, Yves Calvi et son émission "C dans l'air" sur la 5.
[3] Roland BARTHES, op. cit.
[4] "Dans l'univers stalinien, où la définition, c'est-à-dire la séparation du Bien et du Mal occupe désormais tout le langage, il n'y a plus de mots sans valeur, et l'écriture a finalement pour fonction de faire l'économie d'un procès : il n'y a plus aucun sursis entre la dénomination et le jugement, et la clôture du langage est parfaite, puisque c'est finalement une valeur qui est donnée comme explication d'une autre valeur." (Ibid., p. 25)