vendredi 10 décembre 2010

Plutôt Péguy...















"... le pouvoir ou l'ombre du pouvoir finit toujours par instituer une écriture axiologique, où le trajet qui sépare ordinairement le fait de la valeur, est supprimé dans l'espace même du mot, donné à la fois comme description et comme jugement [1]."

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Dans mon "panthéon" personnel, l'insupportable Professeur Duhamel a rejoint l'inénarrable Arlette Chabot. Décidément, nos journalistes politiques n'auront jamais ni l'art ni la manière - encore moins l'humour... - de leurs homologues anglo-saxons !
Arrogants et imbus de leur personne (inévitable rançon de leur notoriété médiatique ?), ils n'ont de cesse de caresser l'opinion dans le sens du poil, au risque de lasser par leurs poncifs mille fois répétés, leur rabachage d'opinions communes, leur patente mauvaise foi.
Calquant désormais leur discours simpliste sur celui de politiciens démagogues (qu'il est loin le temps des Mendès France et des Rocard !), ils en viennent à mépriser le public qu'ils ont pour mission d'éclairer.

Car c'est bien dans les médias dits "grand public", à quelques exceptions près [2], que règne la pensée unique, un conformisme plat, une soumission servile à des modes et à des coteries - au fond et toujours (malgré la très pratique et très abusive disqualification dont souffrent ses idées depuis l'échec du "socialisme réel") à ce que Marx dénonça jadis sous le nom d'"idéologie dominante" au service d'intérêts de classe.
On se donne à peu de frais bonne conscience en ralliant la meute. Or qui ne sait aujourd'hui que le roi est nu ?

Faut-il que l'ignorance (ou l'oubli ?) soit à son comble pour que l'on en revienne à cette forme de discours stalinien dont Roland Barthes [3] démonta naguère les ressorts, et qui consiste à "exécuter" l'adversaire politique en usant d'un vocabulaire tautologique et normatif ("axiologique", disait Barthes) plutôt qu'à démontrer en quoi et pourquoi il est dans l'erreur [4].

Les gaullistes n'ont jamais souscrit aux idées du Front National : ils les ont toujours combattues. A visage découvert.
Les démagogues de tout poil (qu'ils soient de gauche ou de droite), aux arrière-pensées électoralistes, ne font que l'instrumentaliser.
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[1] Roland BARTHES, Ecritures politiques, in Le degré zéro de l'écriture, Paris, Seuil, 1953 et 1964. Texte repris par les Editions Gonthier, bibliothèque Médiations, p. 22.
[2] On peut citer, par exemple, Yves Calvi et son émission "C dans l'air" sur la 5.
[3] Roland BARTHES, op. cit.
[4] "Dans l'univers stalinien, où la définition, c'est-à-dire la séparation du Bien et du Mal occupe désormais tout le langage, il n'y a plus de mots sans valeur, et l'écriture a finalement pour fonction de faire l'économie d'un procès : il n'y a plus aucun sursis entre la dénomination et le jugement, et la clôture du langage est parfaite, puisque c'est finalement une valeur qui est donnée comme explication d'une autre valeur." (Ibid., p. 25)
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