dimanche 23 janvier 2011

Langue française




















Bien des nuances, des subtilités et des beautés de la langue française se perdent aujourd’hui, par ignorance ou paresse. Et l’exemple vient, si j’ose dire, d’en haut, quand le Premier Ministre, par exemple, oublie (ou méconnaît ?), dans ses interventions, les règles les plus simples régissant l’accord du participe passé (accord en genre et en nombre avec le complément direct si celui-ci est placé avant l’auxiliaire avoir) ; ou quand, dans ses propos, le Président de la République égratigne la syntaxe ou se laisse aller à de regrettables écarts de langage …

Et ne voilà-t-il pas, alors que certains jeunes Français parviennent à peine à maîtriser les rudiments du « français fondamental » (environ 1500 mots), que le ministre de l’Education « envisage l’apprentissage de l’anglais dès 3 ans » ! (« Le Monde » daté du 23 janvier 2011). Cela laisse pour le moins songeur.

Parmi tous les « renoncements » que l’on peut déplorer si l’on reste attaché à la « belle langue », il en est un qui me navre particulièrement : il s’agit de l’abandon du futur de l’indicatif après le verbe « espérer ». Les journalistes (là encore, par paresse ou par ignorance ?) préfèrent désormais « rabattre » ce verbe magnifique sur la norme commune en le faisant généralement suivre d’une proposition complétive au subjonctif.

Je confesse, pour ma part, une révérence toute spéciale pour ce verbe «espérer», en vertu de sa charge que j’appellerais volontiers « théologale » … Le futur de l’indicatif pose, en effet, ce qui est « espéré » comme échappant au doute (au rebours de ce qu’implique le mode subjonctif) et donc comme déjà quasiment réalisé.

Quelle subtile et admirable connotation !

Voici, par ailleurs, ce qu’en disent (plus sobrement, je l’admets !) des grammairiens :

« Ce verbe marque un désir se rapportant à l’avenir, mais un désir où il entre moins d’assurance que dans attendre, et moins de dynamisme que dans vouloir, ou même dans désirer. Aussi, lorsque les sujets ne sont pas les mêmes, et qu’il faut, en conséquence, employer un verbe à un mode personnel amené par que, c’est généralement le futur de l’indicatif, (ou ce futur envisagé du passé qu’est le conditionnel) : « J’espère qu’il aura de vous quelque souci » LA FONT. Fab. VII, 3 ; « J’espère, du moins, que ma robe de noce ne sera pas mortellement belle » MUSS. Il ne faut jurer… III, 4 ; - (avec le conditionnel) : « Il espérait que le poids ne serait pas trop grand pour qu’il pût le porter » DUMAS, Monte-Cristo (Château d’If). – Le futur est si naturel que c’est lui qu’on trouve après le substantif espoir, quand ce nom amène une complétive : « L’espoir que des amis pleureront notre sort Charme l’instant suprême et console la mort » A. CHENIER Elég. VI. [1]»

"Espérer que est suivi, normalement, de l’indicatif [2]".
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[1] Georges et Robert LE BIDOIS, Syntaxe du Français Moderne, Tome 2, Paris, Editions Picard, 1971, p. 357.(C’est moi qui souligne).
[2] Maurice GREVISSE, Le bon usage, Gembloux, Duculot (13ème édition), p. 1604. (C’est moi qui souligne).
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