mardi 26 avril 2011

"Le vent se lève ! ... Il faut tenter de vivre !"
















"Une merveilleuse créativité, inséparable du caractère pacifique du mouvement privilégiant l'intelligence et non la force, permit à la jeunesse d'entraîner à elles les générations et diverses classes sociales, leur enlevant le poids de résignation qu'elles enduraient.

Ce rôle moteur et majeur de la jeunesse arabe lui a permis d'exprimer les énergies et aspirations de toutes les jeunesses qui partout dans le monde ont animé les grandes résistances et les grandes révolutions."


Edgar MORIN
, Nuages sur le printemps arabe in "Le Monde" daté du mardi 26 avril 2011, p. 18.

dimanche 24 avril 2011

Dimanche de Pâques














"Dieu ! Dieu ! Tu es protection. Tu es gardien et défenseur. Grand et admirable Seigneur. Tu es notre suffisance. Amen. Alleluia."

François d'Assise

samedi 23 avril 2011


















"Il est impossible à l'homme d'exercer pleinement son intelligence sans la charité, parce qu'il n'y a pas d'autre source de lumière que Dieu. Ainsi la faculté d'amour surnaturel est au-dessus de l'intelligence et en est la condition."

Simone WEIL
, La source grecque, Paris, Gallimard, 1953, p. 96.

vendredi 22 avril 2011

Si tu ne me montres point ta face...













"Les nuages s'entassent sur les nuages ; il fait sombre. Amour ! ah pourquoi me laisses-tu dehors attendre tout seul à la porte ?
Dans l'affairement du travail de midi, je suis avec la foule ; mais par ce sombre jour solitaire je n'espère seulement que toi.
Si tu ne me montres point ta face, si tu me laisses complètement de côté, je ne sais pas comment je traverserai ces longues, ces pluvieuses heures.
Je reste à contempler le large obscurcissement du ciel et mon coeur plaintif rôde avec le vent sans repos."


Rabindranath TAGORE, L'Offrande lyrique, Paris, Gallimard, 1963, p. 46. Coll. "Poésie".

jeudi 21 avril 2011

L'Insignifiant


















"Noyée dans le flot des produits fabriqués en série, de leur publicité dégradante, des images télévisées se succédant sans interruption et vouées à la disparition immédiate, des "livres" écrits non plus par les écrivains ou les penseurs, les savants ou les artistes, mais par des présentateurs de télévision, des politiciens, des chanteurs, des gangsters, des prostituées, des champions en tout sport et des aventuriers en tout genre, l'oeuvre d'art n'accomplit plus elle-même sa propre promotion, elle a cessé précisément d'être le medium. Elle a besoin des nouveaux médias, du relais de l'audiovisuel - qu'elle n'obtient jamais. Parce que les médias sont tributaires de l'instance politique, d'un conformisme social dont ils accroissent indéfiniment le règne et le pouvoir, parce que, de cette façon, ils sont assujettis aux idéologies dominantes, aux modes, au matérialisme ambiant, à cette corruption qui veut que, la communication étant devenue son propre contenu, les médias parlent principalement des médias, annonçant ce qui va s'y produire, décrivant ce qui s'y est produit, et ainsi ceux qui vont s'y produire, ceux qui viennent de s'y produire, les chanteurs, les actrices, les hommes politiques, les aventuriers en tout genre, les champions en tout sport - tous ceux à qui on tend les micros : les nouveaux clercs, les vrais penseurs de notre temps. Et avec eux l'actualité, le toujours nouveau et le toujours nul, le sensationnel et l'insignifiant, le matérialisme ambiant, la vulgarité, le direct, la pensée réduite à des clichés et le langage à des onomatopées, la parole enfin donnée à ceux dont le discours est assuré d'être entendu : ceux qui ne savent rien et n'ont rien à dire."


Michel HENRY, La barbarie, Paris, Editions Grasset et Fasquelle, 1987 et PUF, 1987, pp. 286-287. Collection "Quadrige".

mercredi 20 avril 2011

Ceux qui n'ont rien à dire...














"Parce que la communication médiatique définissant l'existence médiatique envahit tout, les valeurs aussi sont désormais celles des médias. La liberté, la liberté fondamentale et essentielle, "la clé de voûte de toutes les autres", c'est la liberté de la presse, la liberté de l'information, c'est-à-dire en vérité la liberté des médias et ainsi de l'existence médiatique elle-même, la liberté sans limite d'abrutir, d'avilir, d'asservir. Et cela en un sens radical. Car il y a encore ceci dans l'existence médiatique que chacun vit en elle d'une existence autre que la sienne, en sorte que le contenu qui vient occuper son esprit n'est plus produit par lui mais par l'appareil qui se charge de tout et ainsi de lui fournir ses images, ses espoirs, ses fantasmes, ses désirs, ses satisfactions - imaginaires mais qui deviennent les seules satisfactions possibles quand l'existence médiatique est devenue l'existence réelle. Cette société n'est pas tant celle des assistés sociaux que des assistés mentaux."

Michel HENRY
, La barbarie, Paris, Grasset & Fasquelle, 1987 et PUF, Coll. "Quadrige", 2008, p.246.

mardi 19 avril 2011

Une solution démocratique est-elle possible ?













"Avec la suppression, en France, de plus de deux millions d'emplois industriels depuis trente ans, ce qu'on appelle les "couches populaires" ont été profondément transformées : effondrement des bastions traditionnels de la classe ouvrière, tertiarisation, féminisation, exode dans la périphérie urbaine, atomisation dans les services et les bureaux. La transformation de l'organisation du travail répond à l'exigence de flexibilité, inséparable de la recherche de rentabilité.
(...)
Oui, il faudrait un peu de mémoire à ces messieurs, de droite ou de gauche autoproclamée, avant qu'ils ne montent à nouveau en chaire pour nous assener leurs prêches sur la "moralisation" du capitalisme ! Car la critique "morale" vise avant tout à exonérer le système lui-même et à occulter des problèmes autrement plus fondamentaux que la réglementation des bonus (quasi inexistante à ce jour, d'ailleurs) : d'abord l'assainissement du système du crédit et le contrôle des marchés financiers, ensuite et surtout la correction des déséquilibres économiques fondamentaux entre les pays déficitaires (Etats-Unis) et les pays excédentaires (Chine, Allemagne, pétromonarchies), enfin la réforme du système monétaire international. Ces problèmes ne sont traités au G20 que du bout des lèvres. Les marchés financiers, en effet, sont toujours debout. Ils prétendent plus que jamais tout régenter. Le paradigme néolibéral qui présuppose l'efficience des marchés inspire les mêmes politiques qui ont conduit à la crise : compression des salaires au nom de la flexibilisation du marché du travail, libéralisation du commerce international, accroissement de la concurrence, réduction des déficits publics, privatisation des services publics, etc. En chemin, on a finalement oublié de les "moraliser"...
(...)
Les classes dirigeantes européennes ont choisi la mondialisation. Ce choix répond à l'intérêt économique des multinationales européennes qui réalisent à l'étranger une fraction croissante et aujourd'hui prépondérante de leur chiffre d'affaires et de leurs profits. Il répond aussi à l'intérêt des couches sociales les plus favorisées, celles qui détiennent des actifs financiers. Que cet intérêt "de classe" entre en contradiction ouverte, à travers les délocalisations industrielles, avec celui des couches populaires, de la majorité du salariat et avec l'avenir même des peuples européens, permet-il d'entrevoir une solution démocratique ?"

Jean-Pierre CHEVENEMENT, La France est-elle finie ?, Paris, Fayard, 2011, pp. 102, 136 et 168.

jeudi 14 avril 2011

"Qui se présente, aujourd'hui, à l'école ... ?"

"Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d'attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels; dont le mot le plus répété est "mort" et l'image la plus reprise celle des cadavres. Dès l'âge de douze ans, ces adultes-là les forcèrent à voir plus de vingt mille meurtres.
(...)
Nous, adultes avons doublé notre société du spectacle d'une société pédagogique dont la concurrence écrasante, vaniteusement inculte, éclipse l'école et l'université. Pour le temps d'écoute et de vision, la séduction et l'importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d'enseignement.
(...)
Ils habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l'usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n'excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l'usage du livre, de l'ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois. Ils ne connaissent ni n'intègrent ni ne synthétisent comme leurs ascendants.

Ils n'ont plus la même tête
."

Michel SERRES
, Petite Poucette, Séance solennelle de l'Académie Française "Les nouveaux défis de l'éducation", Mardi 1er mars 2011.

mercredi 13 avril 2011

La pensée du jour :

"Sous le noble prétexte de combattre l'intimidation sociale, on abolit sans vergogne la frontière entre la culture et l'inculture."

Alain FINKIELKRAUT
, entretien accordé au journal "Le Monde" daté du 13 avril 2011.

In memoriam 12 avril 1961














"Ce qui est admirable dans l'exploit de Gagarine, ce n'est certes pas son magnifique numéro de Luna-Park qui impressionne les foules; ce n'est pas la performance sportive accomplie en allant plus loin que les autres, en battant tous les records de hauteur et de vitesse. Ce qui compte davantage, c'est l'ouverture probable sur de nouvelles connaissances et de nouvelles possibilités techniques, c'est le courage et les vertus personnelles de Gagarine, c'est la science qui a rendu possible l'exploit et tout ce que, à son tour, cela suppose d'esprit d'abnégation et de sacrifice. Mais ce qui compte peut-être par-dessus tout, c'est d'avoir quitté le Lieu. Pour une heure, un homme a existé en dehors de tout horizon - tout était ciel autour de lui, ou, plus exactement, tout était espace géométrique. Un homme existait dans l'absolu de l'espace homogène."

Emmanuel LEVINAS
, Heidegger, Gagarine et nous in Difficile liberté, Paris, Albin Michel, 1963 et 1976, pp. 301-302.

lundi 11 avril 2011

Notre ère















Le monde est devenu fragile
Comme une coupe de cristal,
Les montagnes comme les villes
L'océan même est mis à mal.

Un roc est aussi vulnérable
Qu'une rose sur son rosier
Et le sable tant de fois sable
Doute et redoute sous nos pieds.

Tout peut disparaître si vite
Qu'on le regarde sans le voir.
La terre même est insolite
Que ne fait plus tourner l'espoir.

Hommes et femmes de tout âge
Regagnons vite nos nuages
Puisqu'il n'est pas d'asile sûr
Dans le solide et dans le dur.


Jules SUPERVIELLE
, L'Escalier (1956) in Oeuvres poétiques complètes, Paris, Gallimard, 1996, p. 586. Col. "Bibliothèque de la Pléiade".