lundi 11 avril 2011

Notre ère















Le monde est devenu fragile
Comme une coupe de cristal,
Les montagnes comme les villes
L'océan même est mis à mal.

Un roc est aussi vulnérable
Qu'une rose sur son rosier
Et le sable tant de fois sable
Doute et redoute sous nos pieds.

Tout peut disparaître si vite
Qu'on le regarde sans le voir.
La terre même est insolite
Que ne fait plus tourner l'espoir.

Hommes et femmes de tout âge
Regagnons vite nos nuages
Puisqu'il n'est pas d'asile sûr
Dans le solide et dans le dur.


Jules SUPERVIELLE
, L'Escalier (1956) in Oeuvres poétiques complètes, Paris, Gallimard, 1996, p. 586. Col. "Bibliothèque de la Pléiade".
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