mardi 19 avril 2011

Une solution démocratique est-elle possible ?













"Avec la suppression, en France, de plus de deux millions d'emplois industriels depuis trente ans, ce qu'on appelle les "couches populaires" ont été profondément transformées : effondrement des bastions traditionnels de la classe ouvrière, tertiarisation, féminisation, exode dans la périphérie urbaine, atomisation dans les services et les bureaux. La transformation de l'organisation du travail répond à l'exigence de flexibilité, inséparable de la recherche de rentabilité.
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Oui, il faudrait un peu de mémoire à ces messieurs, de droite ou de gauche autoproclamée, avant qu'ils ne montent à nouveau en chaire pour nous assener leurs prêches sur la "moralisation" du capitalisme ! Car la critique "morale" vise avant tout à exonérer le système lui-même et à occulter des problèmes autrement plus fondamentaux que la réglementation des bonus (quasi inexistante à ce jour, d'ailleurs) : d'abord l'assainissement du système du crédit et le contrôle des marchés financiers, ensuite et surtout la correction des déséquilibres économiques fondamentaux entre les pays déficitaires (Etats-Unis) et les pays excédentaires (Chine, Allemagne, pétromonarchies), enfin la réforme du système monétaire international. Ces problèmes ne sont traités au G20 que du bout des lèvres. Les marchés financiers, en effet, sont toujours debout. Ils prétendent plus que jamais tout régenter. Le paradigme néolibéral qui présuppose l'efficience des marchés inspire les mêmes politiques qui ont conduit à la crise : compression des salaires au nom de la flexibilisation du marché du travail, libéralisation du commerce international, accroissement de la concurrence, réduction des déficits publics, privatisation des services publics, etc. En chemin, on a finalement oublié de les "moraliser"...
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Les classes dirigeantes européennes ont choisi la mondialisation. Ce choix répond à l'intérêt économique des multinationales européennes qui réalisent à l'étranger une fraction croissante et aujourd'hui prépondérante de leur chiffre d'affaires et de leurs profits. Il répond aussi à l'intérêt des couches sociales les plus favorisées, celles qui détiennent des actifs financiers. Que cet intérêt "de classe" entre en contradiction ouverte, à travers les délocalisations industrielles, avec celui des couches populaires, de la majorité du salariat et avec l'avenir même des peuples européens, permet-il d'entrevoir une solution démocratique ?"

Jean-Pierre CHEVENEMENT, La France est-elle finie ?, Paris, Fayard, 2011, pp. 102, 136 et 168.
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