mercredi 11 mai 2011

Le travail immatériel




















"Pour nous, une hégémonie de la production immatérielle est en train d'apparaître par rapport aux autres formes de production, et se substitue à la vieille hégémonie de la production industrielle (1).
(...)
Quand nous soutenons que, du point de vue de la tendance, le travail immatériel est en train de prendre un rôle hégémonique, nous ne voulons pas dire qu'aujourd'hui, la majorité des travailleurs dans le monde génère des produits immatériels. Au contraire, le travail agricole est encore prévalent - comme il l'a été pendant des siècles - du point de vue quantitatif, et le travail industriel n'est ni numériquement, ni globalement en déclin. Le travail immatériel constitue une partie minoritaire du travail mondialisé et se concentre dans certaines des régions dominantes du globe. Mais nous cherchons à dire que le travail immatériel est devenu qualitativement hégémonique, et qu'il a imposé sa tendance aux autres formes de travail et à la société elle-même. En d'autres termes, le travail immatériel est aujourd'hui dans la même position que le travail industriel il y a cent cinquante ans - quand ce dernier concernait une petite partie de la production globale concentrée dans une petite partie du monde, mais qu'il exerçait en réalité son hégémonie sur toutes les autres formes de production. C'est à cette époque que la totalité des formes de travail et la société ont dû s'industrialiser. Aujourd'hui, le travail et la société doivent s'informatiser, devenir intelligents, communicatifs et affectifs (2).
(...)
Avant toute chose : l'hégémonie du travail immatériel donne lieu à de nouvelles divisions mondiales du travail - certaines formes du travail immatériel restent par exemple dans les régions dominantes, alors que de très nombreux types de production industrielle et manufacturière sont délocalisés dans les régions subordonnées (3)."
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(1) Antonio NEGRI, Traversées de l'Empire, Paris, L'Herne, 2011 pour la traduction française, p. 52.
(2) Ibid., pp. 56-57.
(3) Ibid., p. 64.
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