lundi 16 mai 2011

L'humiliation

Voir un haut-fonctionnaire français de la compétence du directeur du FMI sortir menotté, entre deux policiers, d'un commissariat de quartier, tel un vulgaire malfaiteur, suscite chez moi un profond sentiment de malaise.

N'eût-on pu témoigner un peu plus d'égards à l'endroit de cet homme ?

Police, justice, presse : jusqu'ici, la parole semble confisquée par l'accusation sans que le prévenu, présumé innocent, ait la moindre chance de se faire entendre. S'en émouvoir n'est pas faire injure à la victime, si les faits sont avérés.

Loin de moi l'idée qu'il faille traiter différemment "le puissant" et "le misérable". Je ne serais pas le dernier à déplorer la détestable habitude française de minimiser certains "débordements" dès lors qu'ils concernent les gens de pouvoir. Le principe selon lequel il conviendrait d'ériger un mur étanche entre vie publique et vie privée n'est souvent qu'un prétexte fallacieux recouvrant une immense hypocrisie. Etait-il pour autant nécessaire d'humilier à l'envi un homme qu'on imagine mal se rebellant contre des policiers ? Qui donc se fût plaint qu'on lui épargnât ce traitement indigne d'une démocratie avancée, eu égard aux services qu'il avait rendus à la communauté internationale tout entière ?

La justice, certes, sans atermoiements ni faiblesse ! Mais dans le respect de la valeur symbolique des formes...et donc, ici, de la dignité de l'homme.

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"Porté par une confiance en soi peu commune et la conviction d'être en tout "les meilleurs", l'incroyable dynamisme américain a un revers qui est aussi un travers très ancré : la capacité à faire "comme si" ... Comme si les épreuves, même les plus dures, faisaient partie des aléas de la vie, l'essentiel consistant à revenir le plus vite possible à leur way of life, le seul qui vaille [1]."

 "Les Etats-Unis, durant leur époque authentiquement impériale, étaient curieux et respectueux du monde extérieur. Ils observaient et analysaient avec sympathie la diversité des sociétés du monde, par la politologie, l'anthropologie, la littérature et le cinéma. L'universalisme vrai garde le meilleur de tous les mondes. La force du vainqueur permet la fusion des cultures. Cette époque qui combinait, aux Etats-Unis, puissance économique et militaire, tolérance intellectuelle et culturelle, paraît bien lointaine. L'Amérique affaiblie et improductive de l'an 2000 n'est plus tolérante. Elle prétend incarner un idéal humain exclusif, posséder la clef de toute réussite économique, produire le seul cinéma concevable. Cette prétention récente à l'hégémonie sociale et culturelle, ce processus d'expansion narcissique n'est qu'un signe parmi d'autres du dramatique déclin de la puissance économique et militaire réelle, ainsi que de l'universalisme de l'Amérique. Incapable de dominer le monde, elle nie son existence autonome et la diversité des sociétés." (2)
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[1] Sylvain CYPEL, La pompe et l'oubli in "Le Monde" daté du 11 mai 2011.
(2) Emmanuel TODD, Après l'empire, Paris, Gallimard, 2002, p. 143.
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