vendredi 10 juin 2011

Hommage à Jorge Semprun














"Si l'écriture arrachait Primo Levi au passé, si elle apaisait sa mémoire ("Paradoxalement, a-t-il écrit, mon bagage de souvenirs atroces devenait une richesse, une semence : il me semblait, en écrivant, croître comme une plante"), elle me replongeait moi-même dans la mort, m'y submergeait. J'étouffais dans l'air irrespirable de mes brouillons, chaque ligne écrite m'enfonçait la tête sous l'eau, comme si j'étais à nouveau dans la baignoire de la villa de la Gestapo, à Auxerre. Je me débattais pour survivre. J'échouais dans ma tentative de dire la mort pour la réduire au silence : si j'avais poursuivi, c'est la mort, vraisemblablement, qui m'aurait rendu muet (1)."
(...)
"A Ascona, donc, sous le soleil de l'hiver, j'ai décidé de choisir le silence bruissant de la vie contre le langage meurtrier de l'écriture (2)."
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(1) Jorge SEMPRUN, L'écriture ou la vie, Paris, Gallimard, 1994, p. 259.
(2) Ibid., p. 235.
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