mercredi 24 août 2011

Justice, vérité...




















"Ma vie importe à la vertu"
(André Chénier, Iambes)

Entendu hier un journaliste de France Inter parler sans sourciller de "subordination" (sic) de témoin à propos d'une énième péripétie de l'affaire Strauss-Kahn.

Dans le même temps, pas une radio, pas une télé (public et privé confondus dans le même empressement) qui ne rameute les "amis" de DSK pour un hommage ému à l'homme providentiel merveilleusement réhabilité...
Et chacun d'y aller de son couplet sur les extraordinaires, incontournables, indépassables talents du nouveau messie dont la France ne saurait, sous peine de disparaître dans la crise, se dispenser.

On devrait attendre et recevoir comme parole d'évangile le verdict qui doit bientôt tomber, nous dit-on, des lèvres du miraculé de New York.
Oublié l'étrange comportement de cet homme envers les femmes, dont ses défenseurs appointés admettront tout au plus, et comme à regret, qu'il fut "déplacé"...

La collusion entre le petit monde des médias, de la politique et de l'argent fut-elle jamais plus évidente ?

C'est avec nostalgie que l'on se souvient d'un autre journalisme, celui du "Combat" de Camus et d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie, du "Monde" d'Hubert Beuve-Méry ou de l'"Express" de Jean-Jacques Servan-Schreiber et François Mauriac.
La pensée du jour :

"Les autres pays du monde se sont développés sans nous demander notre autorisation. Ils n'attendent pas nos conseils, n'écoutent pas nos recommandations et font fi de nos exigences. Les pays émergents ne peuvent se résumer à la seule catégorie des "BRIC" (Brésil, Russie, Inde, Chine), mais concernent en fait, à des titres divers, des dizaines de pays dans le monde. Economiquement, stratégiquement, démographiquement, la part relative du monde occidental diminue."

Pascal BONIFACE, Les intellectuels faussaires, Paris, Jean-Claude Gawsewitch édit., 2011, p. 47.

dimanche 21 août 2011

Vieillir... mourir














"La peur de l'âge est mélancolique, la conscience de la mort quelque chose d'autre; une conscience que l'on a même dans la joie. Comme tout un chacun je redoute une mort atroce. Si, avant un voyage, je tente de mettre de l'ordre dans mes affaires, c'est une disposition réaliste. Je suis maintenant parvenu à un âge plus avancé que mon père et je sais que j'atteindrai prochainement l'espérance de vie moyenne. Je ne veux pas devenir très vieux. La plupart du temps je suis avec des gens plus jeunes; je vois la différence même là où ils ne peuvent peut-être pas voir de différence, et on ne peut pas tout expliquer, alors je parle également de projets de travail. Entre autres, je sais qu'il m'est interdit de vouloir lier une femme plus jeune à mon absence d'avenir."

Max FRISCH
, Montauk, Paris, Gallimard, 1978 pour la trad. frçse, p. 164.

jeudi 18 août 2011

Alphabétisation et fécondité














"le premier paramètre, le grand moteur du développement, l’axe central de l’histoire humaine, c’est de savoir lire et écrire, le taux d’alphabétisation. (1)

quand on sait lire et écrire, on peut lire un tract, on peut même en écrire un, et la participation politique devient une procédure naturelle. Le taux d’alphabétisation peut décrire à lui tout seul une histoire générale de l’humanité ; c’est l’idée d’unification
(2)

Une société qui contrôle sa fécondité, c’est une société dans laquelle les rapports entre hommes et femmes sont modifiés. Et cette baisse de la fécondité se produit dans une société dans laquelle les jeunes apprennent à lire et à écrire. Vient donc un moment où les fils savent lire, et les pères non. Cela entraîne une rupture des relations d’autorité, non seulement à l’échelle familiale, mais implicitement à l’échelle de toute une société.
(3)
(…)
On constate que ces sociétés donnent des signes de fort tangage. Ce sont d’ailleurs des problèmes qu’on retrouve sous une autre forme, localisée, dans nos banlieues où les parents, les immigrés, les premières générations étaient analphabètes et où les gosses alphabétisés vont très souvent jusqu’au baccalauréat. Une bonne partie de la crise des familles maghrébines dans les banlieues françaises est liée à ce phénomène de perte d’autorité de la génération aînée parce qu’ils ne savent pas lire. C’est un phénomène tout à fait classique, encore une fois." (4)

Emmanuel TODD, Allah n'y est pour rien !, Paris, Loubiana - arretsurimage.net, 2011.
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(1) p. 17
(2) p. 18
(3) pp. 26-27
(4) p. 30

mercredi 17 août 2011

L'Allemagne et l'Europe













Pourquoi pensez-vous que l’Allemagne a maintenant une politique économique totalement égoïste en Europe ? Qu’elle est incapable d’avoir une attitude européenne universaliste ? Parce que les vieux paramètres sous un mode doux, apaisé, sont toujours là. C’est-à-dire qu’aucune idée d’un homme universel européen n’amène l’Allemagne à prendre en charge, avec sa puissance économique, l’ensemble de l’Europe. L’Allemagne et le Japon sont des pays apaisés, de vraies démocraties (avec un avantage pour les Japonais, qui ont le sens de l’humour), mais juger un pays sereinement, c’est dire ce qu’il a de bien et de pas bien. Et l’histoire de l’Allemagne est une très grande histoire, une histoire tragique, immense, mais il faut admettre la réalité, et actuellement toute la conception allemande de l’économie est asymétrique. L’excédent commercial systématique, c’est une vision asymétrique qui reproduit l’asymétrie de la vieille famille paysanne allemande. Donc les déterminants anthropologiques, sous une forme adoucie, sont toujours là. Donc, convergence des civilisations, oui un peu. Mais pas de rapprochement dans un type humain unique. C’est comme l’horizon, vous voyez, il s’éloigne à mesure qu’on s’en rapproche.
(...)
Pour revenir au présent, quand l’Allemagne s’est autonomisée par rapport aux Etats-Unis pendant la guerre d’Irak, on pouvait y voir le début d’une conscience européenne, avec entente parfaite entre Français et Allemands. J’y ai cru. Mais il est apparu ensuite qu’envoyer paître les Américains n’était qu’un premier pas, le suivant étant d’envoyer paître les Européens eux-mêmes. Et aujourd’hui, dans les opérations en Libye, on retrouve comme par hasard les trois vieilles démocraties occidentales. Parce qu’en son sens le plus étroit la démocratie occidentale, au départ, son noyau fondateur, c’est la France, l’Angleterre et les Etats-Unis, le monde de Tocqueville.


Emmanuel TODD
, Allah n'y est pour rien !, Paris, Loubiana - arretsurimage.net, 2011, pp.73-74 et p. 78.